Valls doit remettre de l’ordre

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Le ministre de l’Intérieur est garant de l’ordre public - pour le gouvernement, il y a (théoriquement) un Premier ministre qui assure la discipline. Le fait est que ce qui est fragilisé, déstabilisé, ce n’est plus tant l’autorité du gouvernement que celle de l’Etat. Quand on détruit les portiques de l’écotaxe, et maintenant les radars routiers, ce n’est pas une politique qui est en cause mais le bien public et la confiance en l’Etat. Manuel Valls est le seul ministre à qui les Français reconnaissent une autorité. Donc c’est à lui, par fonction et par situation, de se porter en avant. Et justement, ces derniers temps, il a un peu disparu…
Manuel Valls a-t-il voulu préserver sa popularité dans les sondages - autrement dit, s'est-il « planqué » ?
On a assez souligné son omniprésence sur les points chauds (et dans les médias) pour que sa discrétion, par contraste, fasse penser qu’il se préserve - c’est un contre-signal désastreux. Quand on est premier de la classe, on ne reste pas près du radiateur. Il a fait quelques communiqués et son cabinet a fait savoir qu’il donnait des ordres de fermeté aux préfets mais on n’a pas vu le Manuel Valls intraitable quand la sous-préfecture a été prise d’assaut à Morlaix - pour arrêter le tractopelle, il manquait le char de l’Etat… On ne l’a pas entendu non plus réclamer des sanctions contre les casseurs de portiques. Christiane Taubira a dû se demander ce qui l’avait ramolli à ce point-là !
Manuel Valls a-t-il donné des consignes de mansuétude envers les manifestants en Bretagne ? Marine Le Pen l'a accusé au contraire d'arrestations arbitraires, lundi à Paris.
Les huées sur le passage du président alors qu’on honorait les millions de morts de 14-18 – et aussi les soldats français tués cette année – étaient déplacées et dégradantes, surtout de la part de militants qui n’ont que le patriotisme à la bouche. Pour autant, le gouvernement a effectivement semblé plus ferme pour éviter les sifflets à François Hollande, davantage que pour faire respecter l’Etat en Bretagne. On a beaucoup entendu dire que si ces actes de vandalisme avaient eu lieu en banlieue, la police aurait été plus réactive. Manuel Valls doit vite dissiper cette impression. Encadrer les défilés, c’est bien. Ne pas se défiler, c’est mieux.
Si Manuel Valls est le seul qui puisse rétablir l'autorité de l'Etat, est-ce que François Hollande n'aurait pas intérêt à le nommer à Matignon, en remplacement de Jean-Marc Ayrault?
Pour François Hollande, ce serait brûler une cartouche dont il aura besoin après la séquence municipales-européennes, qui risque de l’affaiblir encore plus. Et dans cette hypothèse, Manuel Valls n’aurait pas à Matignon la même popularité qu’à l’Intérieur, où son crédit vient pour moitié de l’électorat de droite – soutien qu’il perdrait comme chef du gouvernement. Malgré cela, il y a quand même un risque que si sa popularité reste trop supérieure à celle de François Hollande (qui a dû s’offrir un équipement de plongée pour supporter les sondages), sa nomination ait l’air d’une abdication. Au total, l’hypothèse Valls à Matignon est peut-être une solution, mais pour l’instant, elle pose autant de problèmes qu’elle n’en résout.
|||Hollande doit-il nommer Valls Premier ministre ?












