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Une grande conférence sociale… Pour trois fois rien

BFM Hervé Gattegno
François Hollande

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La Conférence sociale voulue par François Hollande s’ouvre ce lundi pour deux jours, en présence des représentants des syndicats, du patronat, de la société civile et du gouvernement. Pas beaucoup de choses attendre de cette grande concertation.

Jean-Marc Ayrault a dit aux députés que c’en était fini « des sommets spectacles » qui ne servaient à rien. En réalité, la réunion d’aujourd’hui ressemble bien à une grande concertation de plus pour mettre en scène le dialogue social – l’Elysée et les ministres ont prévenu que rien de concert n’en sortirait. C’est donc la version hollandaise du sommet social : sous Sarkozy, les discussions étaient inutiles parce tout était décidé d’avance ; désormais, ça ne sert pas à grand-chose non plus, mais c’est peut-être parce qu’on ne va rien décider du tout. Arnaud Montebourg veut réindustrialiser le pays : voilà déjà l’ouverture d’une usine… à gaz.

François Hollande a dit qu’il voulait associer les syndicats aux réformes et inscrire la nécessité du «dialogue social» dans la Constitution. Est-ce malgré tout utile ?

La question est de savoir si ça peut favoriser les réformes ou au contraire les empêcher. Sur le droit du travail, par exemple, la CFDT veut bien discuter avec le gouvernement et le Medef, mais pas la CGT ni FO. Sur les retraites, la plupart des syndicats (et le PS !) veulent changer le système mais leurs positions sont très éloignées – ils ne trouveront pas un accord sur un claquement de doigt. Sur la fonction publique, le plus probable est qu’on entérine l’hostilité des syndicats aux suppressions de postes qui s’annoncent. Au moins, on peut espérer un accord sur l’égalité salariale hommes-femmes – les lois existent déjà mais elles ne sont pas appliquées…

François Hollande parierait-il sur un désaccord des partenaires sociaux pour ne rien réformer ?

Personne ne sait si François Hollande est un grand réformateur mais tout le monde sait que c’est un grand tacticien. Le désaccord entre les syndicats et le patronat sur la plupart des sujets importants n’est pas une hypothèse mais une certitude. La question est de savoir ce qu’il en fera. 1ère option : il en prend acte et explique aux Français que la réforme est impossible. 2è option : il en conclut qu’il est obligé de prendre la main et il fait ce qu’a fait Nicolas Sarkozy avant lui, c’est-à-dire qu’il impose ses choix. Selon les sujets, les deux options sont possibles.

Pourquoi a-t-il tenu cette conférence au Conseil économique, social et environnemental plutôt qu’à l’Elysée ?

D’une façon générale, il n’est pas judicieux d’installer l’idée que rien de ce qui est important ne se passe à l’Elysée. Au cas particulier, le choix du CESE est un symbole curieux : c’est une institution consultative qui n’est plus vraiment consultée, qui coûte très cher à l’Etat et qui sert souvent de refuge aux syndicalistes et aux politiciens à la retraite. Tout le contraire d’un symbole du réformisme – sauf si on considère que le Conseil lui-même aurait bien besoin d’être réformé.

Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 9 juillet, cliquez ici.