Thème 1 : Les grèves
G C : Vous avez réussi à venir ce matin (ndlr : Mercredi) ?
F H : Un exploit ! J’ai un scooter, c’est quand même plus facile que pour d’autre.
G C : Ce matin, un métro sur cinq, presque pas de train, 300 kilomètres de bouchons cumulés à Paris. C’est gigantesque par rapport aux jours normaux ! Des gens ont du poser aussi des journées de congés ou des RTT. Alors très concrètement, est que vous soutenez cette grève ?
F H : Moi j’aurai préféré qu’il n’y ait pas de grève aujourd’hui, que les conducteurs conduisent et que les usagers soient dans les trains et dans les métros.
G C : Est-ce que vous êtes solidaires des grévistes ?
F H : Je pense qu’ils ont demandé une négociation depuis le 18 octobre, dernière grève qui s’est produite, et on découvre trois semaines après que la négociation n’est pas engagée et qu’il faut, hier soir, que le Président de la République réunisse les directeurs des entreprises concernées, que M. Bertrand réunisse les syndicats, alors même que les syndicats ont dit être prêt à discuter, y compris dans les entreprises. Moi je dis la chose suivante : pourquoi faut-il attendre le dernier moment, mettre les Français dans une situation de dureté pour leur journée ! Il y a une épreuve de force, je ne dis pas que c’est facile et simple, il faut faire des réformes et aboutir à trouver des compromis mais pourquoi toujours obliger à faire des grèves et un conflit, quand on peut parvenir à la solution par la négociation. C’est pour ça que je suis solidaire des salariés qui sont dans le mouvement.
G C : Si je comprend bien François Hollande, vous êtes solidaire, parce que la méthode n’a pas été satisfaisante mais, est-ce qu’il faut faire cette réforme des régimes spéciaux ?
F H : Je l’ai déjà dit il y a plusieurs mois et je l’ai même affirmé dans la campagne présidentielle : Oui, il faut faire évoluer les régimes de retraite et notamment les régimes de retraites dits spéciaux, puisqu’il y a là des déséquilibres financiers. Je dis aussi qu’il y a un principe général qui est les 40 ans, mais on n’est pas dans les mêmes conditions quand on est dans un régime spécial que dans le régime général. Il y a des métiers pénibles, et il y en a d’ailleurs aussi dans le régime général. Pour les métiers pénibles, il faut sûrement des conditions de cotisation différente. Quand on a cette base là, la négociation, la pénibilité, la différence d’espérance de vie, on peut entrer dans un processus de réforme. Si au contraire on met les uns et les autres dans la division et le conflit, alors on a l’épreuve de force.
G C : Vous dîtes qu’il n’y a pas eu de concertation mais on a un Président de la République qui a régulièrement rencontré, officiellement ou officieusement, tous les grands syndicalistes de France.
F H : Mais ce n’est pas ça une négociation : ce n’est pas un chef de l’État, qui, parce qu’il rencontre les syndicalistes, règle les problèmes. Il faut quand même avoir un peu de méthode, d’organisation, d’ordre. C’est-à-dire qu’il faut avoir sur chaque sujet, des ouvertures de négociations qui se terminent par des compromis.
G C : La CGT propose des négociations dans les entreprises concernées, ils accepteraient les conditions qui ont été fixé par le Gouvernement, à condition que des représentants de l’État soient présents dans ces négociations au sein des entreprises concernées. Ce matin, est-ce que vous avez un indice de confiance, sur une échelle de un à dix, un indice d’optimisme de sortie de grève ?
F H : Je pense que ce soir il faut déjà trouver la base d’une entrée dans la négociation. Je suis optimiste, je pense même qu’on aurait pu échapper à la grève d’aujourd’hui. Je ne vais pas dire qu’il faut le conflit dur, ça va gêner les usagers. Je veux, j’exige même que l’on rentre dès aujourd’hui dans un processus de négociation, entreprise par entreprise. Que cela permette aux organisations syndicales de dire qu’ils ont obtenu cette ouverture de négociation et qu’ils cessent le mouvement.
G C : Est-ce que vous pensez, craignez ou espérez que les différents mouvements sociaux qui ont lieu en ce moment en France se réunissent et que ça fasse un énorme groupe de mouvement social ?
F H : Ce n’est pas moi qui les mets dans la rue. Il est vrai qu’il y a une multiplication de malaises, de conflits et même de colère, avec des projets très différents. Ce que je dis c’est que ça traduit quand même un malaise qui est profond et qui tient à la fois à une méthode et à un contenu. La méthode c’est que sur chacun des sujets le dialogue n’a pas été ouvert, le contenu, c’est parce que toutes ces réformes sont injustes.
G C : Est-ce qu’il faut que tout le monde soit sous la même banderole ?
F H : Je pense que ce sont des mouvements très différents au départ mais qui finalement s’agrafe sur la question du pouvoir d’achat et du refus du fait accompli de l’épreuve de force.
G C : Ce vent de contestation dans certaines professions c’est une aubaine pour vous, pour l’opposition que l’on disait assez inaudible ces derniers mois ? Vous pensez vous refaire avec tout ça ?
F H : Non, parce que je ne crois pas à récupérer une colère. On a donné des propositions alternatives : pour la carte judiciaire, oui, au niveau des pôles de l’instruction, il faut sûrement qu’il y ait des garanties pour le judiciaire. On n’a pas besoin de supprimer des petits tribunaux qui servent au contraire aux justices de proximité. Pour le pouvoir d’achat, aujourd’hui il faut une conférence sur les salaires, il faut traiter la question du prix du carburant et du prix alimentaire et j’ai fait la proposition d’un chèque transport qui pourrait être mis en place pour tous les salariés et d’un encadrement des loyers parce que c’est quand même le poste qui coûte le plus cher aux ménages. J’ai fait aussi la proposition, sur la question des fonctionnaires ; il y a eu des suppressions de poste, où sont passées les dividendes obtenus par la suppression de postes ? Est-ce qu’ils ont été reversé aux fonctionnaires, puisque c’était une promesse de Nicolas Sarkozy ? Pas davantage, donc je crois qu’il y a effectivement, au niveau du pouvoir d’achat, une méthode et une politique qui doivent être aujourd’hui remisent en cause.












