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Taxer les super-revenus, oui, les plafonner, non !

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

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Le gouvernement cherche toujours à imposer les très hauts revenus mais il semble devoir renoncer à la fameuse taxe de 75% sur les revenus supérieurs à un million d’euros.

Il y a au moins deux raisons de ne pas reprocher à François Hollande d’abandonner la taxe de 75% : 1. Elle a été rejetée par le Conseil constitutionnel. 2. C’était une idée stupide et démagogique, conçue comme un slogan électoral. Il reste que le principe d’une surtaxation des revenus les plus élevés a fait son chemin – les Français y sont largement acquis. Et puisque ce serait une recette supplémentaire pour l’Etat, ça fait deux raisons pour trouver un autre mécanisme. Mais pas seulement pour abaisser le taux à 70% ou à 66%. Surtout en débarrasser ce projet de son ambiguïté originelle…

Quelle ambigüité ? François Hollande a toujours dit qu’il voulait faire contribuer davantage les Français les plus favorisés…

C’est vrai mais les fameux 75% ne devaient viser que les plus favorisés… des riches : ceux qui gagnent plus d’un million d’euros par an (seuls ou en ménage, c’est à redéfinir). Ce sur quoi François Hollande n’a jamais été clair, c’est l’objet de cette taxation. Est-ce qu’il s’agit de faire contribuer davantage les super-riches ou de dissuader les entreprises de verser des salaires aussi mirobolants à des patrons, des traders ou – pourquoi pas – des footballeurs ? La question reste posée puisque le gouvernement cherche à reconfigurer sa taxe et qu’en même temps, Jean-Marc Ayrault annonce une loi pour plafonner le salaire des patrons. Ce sont deux logiques contradictoires : la redistribution ou la dissuasion. 

C’est vrai qu’une partie de la gauche a toujours dit qu’il fallait empêcher les plus hauts revenus de dépasser certaines limites, au nom d’une certaine harmonie sociale. Vous n’êtes pas d’accord ?

En temps de crise, l’efficacité fiscale vaut mieux que la morale. C’est un fait que les revenus de certains grands patrons sont indécents ; mais justement l’impôt atténue cette indécence, puisque toute la collectivité profite de la réussite de quelques-uns. Alors qu’à l’inverse, un dispositif qui interdit les très hauts revenus frustre à la fois les individus et l’Etat : moins il y a de riches, moins il y a d’impôts. Donc, à choisir, il vaut mieux une taxe sur les super-revenus qu’un prêchi-prêcha culpabilisateur contre ceux qui « gagnent trop » – surtout que pendant ce temps-là, on ne fait rien pour tous ceux qui ne gagnent pas assez…

Est-ce qu’on peut dire que c’est un point qui, aujourd’hui, sépare nettement la gauche et la droite ?

Pas tant que cela. L’UMP crie au massacre fiscal, mais la droite a beaucoup augmenté les impôts ces dernières années. Et il ne faut pas oublier que François Baroin, ministre des Finances, préconisait une « contribution exceptionnelle sur les salaires exceptionnels » et que François Fillon proposait, en 2011, de « surtaxer » les entreprises dont les patrons seraient trop bien payés – soit la même logique punitive que le PS, mais tournée en plus contre les entreprises ! Ça ne veut pas dire qu’il y a un consensus sur ce sujet mais plutôt que dans notre pays, la démagogie est plus équitablement répartie que la charge fiscale

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 22 mars.