Taxer les riches, oui ; les punir, non !

Hervé Gattegno - -
Ce qui devrait être simple est hélas devenu compliqué parce qu’en France, tout ce qui touche à l’argent est compliqué. L’évidence, c’est qu’en période de crise, les plus riches devraient contribuer davantage à l’effort collectif – et certains en sont d’accord. Le problème, c’est qu’au lieu d’en appeler à la solidarité nationale, qui est une valeur positive, on habille cette mesure d’un discours vindicatif et dénonciateur de ceux qui gagnent beaucoup d’argent. C’est confondre la justice sociale avec la revanche sociale. Et c’est oublier, surtout, que l’impôt n’a jamais été une sanction morale mais une contribution citoyenne.
Vous trouvez que les patrons qui veulent échapper à l’impôt – comme peut-être Bernard Arnault – ont des excuses ?
Sûrement pas ! Se soustraire à l’impôt, c’est de l’incivisme. Quand c’est l’homme le plus riche d’Europe qui essaie de le faire, c’est même un outrage. Ce qui frappe, c’est que nos dirigeants préfèrent la stigmatisation à la conviction. Le résultat est logique : les riches sont comme les autres ; ils trouvent que leurs impôts sont trop lourds et ceux des autres pas assez. Qu’on le veuille ou non, ce que leur promet François Hollande a de quoi les faire grimacer – entre l’ISF, la taxation du capital alignée sur celle du travail et les 75%... Si en plus, ils se sentent traités comme des monstres, on peut comprendre qu’ils aient envie d’aller voir ailleurs – comprendre, pas approuver…
L’autre aspect de la polémique, c’est la « une » de Libération : « Casse-toi riche con » et les réactions très contrastées qu’elle a provoquées. Est-ce que ça vous paraît excessif ?
Il serait exagéré d’accorder un titre de journal, fut-il très provocateur, autant d’importance qu’au fait lui-même. Dans ce débat, tout est caricature. L’indignation de Libération (qui a aussi un but commercial) exprime une haine des riches qui irradie une large part de l’opinion de gauche – et qu’attisent Jean-Luc Mélenchon ou Olivier Besancenot, mais aussi beaucoup de dirigeants du PS, pour qui un patron est forcément un exploiteur. A l’inverse, beaucoup de patrons somment implorent l’Etat de baisser les charges sociales pour améliorer la compétitivité des entreprises ; ils pourraient agir dans le même sens en ramenant certaines rémunérations à des niveaux raisonnables !
Qu’est-ce qui pourrait permettre de dépassionner ce débat ?
Une grande réforme fiscale – celle que la droite et la gauche ont souvent promise mais jamais faite. Avec la création d’un impôt lié à la nationalité, comme aux USA, a fait consensus entre François Hollande et Nicolas Sarkozy pendant la présidentielle – donc, en théorie, il pourrait être voté sans problème ! Et pour que l’impôt soit réellement un élément de la citoyenneté, il faut que tous les Français le payent, même de façon purement symbolique (la moitié aujourd’hui ne le paient pas). Les USA ajoutent une « taxe de sortie » pour ceux qui abandonnent la nationalité américaine pour échapper à l’impôt. Ça ferait passer le goût du voyage même à certains fabricants de bagages…
Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mercredi 12 septembre, cliquez ici.












