Serge Moati raconte "son" Jean-Marie et dit "Adieu Le Pen"

Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine, présidente du FN - Valéry Hache - AFP
"Je combats ses idées qui sont à l’opposé des miennes. Mais en vingt-cinq ans, j’ai beaucoup discuté avec lui. Je me suis même parfois marré avec lui". Observateur de la scène politique française depuis plusieurs décennies, Serge Moati consacre un documentaire – "Adieu Le Pen", diffusé ce mardi sur France 2 – à Jean-Marie Pen, le président d’honneur et fondateur du Front National… il y a 42 ans.
Avec ce film, il assure à Télé Loisirs avoir mis un terme à sa relation avec l’homme politique. Il a rencontré durant 25 années son "facho" et a "perdu" son acteur récemment, justifie-t-il à Rue89. Serge Moati connaît même la date de cette rupture.
La prise de distance de la fille
Début juin 2014, des artistes prennent position contre le Front national et sa fille Marine. Dans son journal de bord, diffusé en vidéo sur le site du parti, Jean-Marie Le Pen propose d’abord "de pacser" Guy Bedos à la chanteuse Madonna puis évoque ses envies de "faire une fournée" de tous ces opposants et notamment du chanteur Patrick Bruel. Tollé général. Dans la bouche de la figure historique du FN, ces mots ne peuvent être anodins et même la présidente du mouvement Marine Le Pen doit se désolidariser de son géniteur.
Pour Serge Moati, juif de gauche, qui avait découvert Jean-Marie Le Pen en 1988 et son jeu de mot injurieux: "Durafour crématoire", en référence au nom du ministre Michel Durafour, c’est donc la fin. Rien que cette année le président d’honneur du FN s’était pourtant fendu de quelques sorties douteuses. Comme lorsqu’il évoque "monseigneur Ebola" pour maîtriser les flux d’immigration ou encore quand il juge que Vladimir Poutine a réalisé un "sans-faute" dans sa gestion de la crise en Crimée.
"Ne pas avoir anticipé l'interprétation qui serait faite de cette formulation est une faute politique dont le Front national subit les conséquences", avait-elle lâché. A posteriori, c’est peut-être ce jour-là qu’elle a pris la décision de "tuer le père", voire de changer le nom du FN, trop connoté à l’extrême droite.
Les conseils et les attaques du père
Toujours est-il, dans ce documentaire Serge Moati montre des moments intimes – à défaut de complices – entre le père et sa fille. Deux exemples: d’abord il lui conseille de prendre rendre rendez-vous avec un orthophoniste car elle peine, par manque de souffle, à la fin de ses phrases en meeting. Sans manquer d’air, lui, la traite de "bourgeoise", lorsque Marine Le Pen se permet de le rabrouer publiquement.
Pendant ce film, Serge Moati dresse le portrait de sa relation devenue intime avec Jean-Marie Le Pen quitte à être critiqué pour une trop grande proximité ou bienveillance avec le vieil homme politique. "Ce qui m’intéresse c’est de faire parler les gens. Avec Jean-Marie Le Pen, on n’est pas amis mais on se connaît très bien, explique le réalisateur à France Info. Je n’ai pas le culte l’objectivité".












