Régionales: percée de la gauche, désaveu pour la majorité

ABSTENTION RECORD - -
par Sophie Louet
PARIS (Reuters) - La gauche a pris un avantage écrasant sur la majorité dimanche au premier tour des élections régionales, marqué par une abstention record comprise en 52% et 53%, selon les estimations des instituts de sondage.
Jamais pareille démobilisation n'avait caractérisé une élection régionale en France.
L'abstention avait atteint 37,9% au premier tour des précédentes élections régionales, en 2004, qui s'étaient soldées par un raz-de-marée de la gauche sur les 26 régions françaises, la droite ne conservant que l'Alsace et la Corse.
La forte poussée de la gauche annoncée par les sondages se confirme donc : selon TNS-Sofres, le Parti socialiste et ses alliés du Parti radical de gauche (PRG) et du Mouvement des républicains et citoyens (MRC) obtiendraient 30% des voix au plan national, l'UMP et ses alliés 26,7%, Europe Ecologie 13,3%, et le Front national 12,0%.
OpinionWay Fiducial crédite le PS et ses alliés de 29,1% et l'UMP et ses alliés de 27,3%. Les listes Europe Ecologie recueilleraient 13,1%, le Front national 11,2%.
Le premier secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, s'est réjoui que le PS ait atteint "un de ses plus hauts niveaux historiques" dans les urnes.
Les électeurs, a-t-elle dit lors d'une allocution au siège du PS, ont fait entendre leur voeu "d'une France plus juste et plus forte".
"RIEN N'EST JOUÉ", DIT FILLON
Le Premier ministre, François Fillon, a estimé que la faible participation ne permettait pas de tirer un enseignement national.
"Rien n'est joué pour le second tour. (...) Tout reste ouvert, (...) les électeurs ne sont la propriété d'aucun parti", a-t-il dit lors d'une brève allocution à Matignon.
Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, a récusé sur i>Télé un vote sanction contre la politique de Nicolas Sarkozy, insistant aussi sur le poids de l'abstention.
"Les réserves existent partout. (...) Ce sera très serré" dans de nombreuses régions, a dit sur TF1 le secrétaire général du parti majoritaire, Xavier Bertrand.
Aux régionales de 2004, le bloc de gauche avait engrangé 39,1% des voix contre 33,7% à la droite parlementaire. Aux élections européennes de juin 2009, l'UMP s'était placée en tête avec 27,8%, contre 16,48% à la gauche.
L'opposition, emmenée par le PS, signe donc un réel succès.
L'eurodéputé Vert Daniel Cohn-Bendit, s'est félicité qu'Europe Ecologie s'ancre dans le paysage politique français comme "la troisième force politique", même si son score est en deçà de sa percée aux élections européennes de juin 2009
(16,2%).
Le Mouvement Démocrate (MoDem) de François Bayrou s'effondre sous la barre des 5%, selon les deux instituts. Son score était de 8,46% aux européennes.
LE FN RÉUSSIT SON PARI
Le FN, qui escomptait se refaire une santé politique, réussit son pari.
En Provence-Alpes-Côte d'Azur, le dirigeant d'extrême droite Jean-Marie Le Pen est en troisième position avec 20,8%, selon OpinionWay, derrière l'UMP Thierry Mariani (24,8%) et le président socialiste sortant Michel Vauzelle (28,4%).
Au premier tour du scrutin de 2004, le FN avait obtenu 14,7% des voix. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait accédé au second tour de la présidentielle avec 16,86%, mais il n'avait obtenu que 10,44% à celle de 2007.
Le Front de gauche, alliance entre les communistes et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, s'adjuge 6,2% selon TNS-Sofres et 5,8% selon OpinionWay. Le baptême du feu électoral du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d'Olivier Besancenot est cuisant, avec un faible score aux alentours de 2,5%.
"On va faire en sorte que la gauche se rassemble", a dit Jean-Luc Mélenchon sur TF1.
La gauche ambitionne de réussir le grand chelem au soir du second tour, le 21 mars. Le rêve de Martine Aubry, premier secrétaire du Parti socialiste, d'une France "toute rose" ne devrait toutefois pas se réaliser, l'Alsace semblant acquise à la droite.
Selon les résultats du ministère de l'Intérieur, la liste de l'UMP Philippe Richert obtient 33,54% devant, surprise, la liste d'Europe Ecologie (16,11%), la liste socialiste (15,57%) et la liste Front national (15,26%). Une quadrangulaire est donc possible.
En Languedoc-Roussillon, la liste divers gauche de Georges Frêche obtient 35,5%, selon TNS Sofres, loin devant la liste UMP de Raymond Couderc (19%).
La liste socialiste d'Hélène Mandroux, investie par le PS contre Georges Frêche, est éliminée avec 7% des voix. La liste Europe Ecologie de Jean-Louis Roumégas recueillerait 10%.
En Poitou-Charentes, l'ancien candidate socialiste à la présidentielle de 2007, Ségolène Royal, est créditée d'un très bon score - 39% - contre 30% à la liste menée par le secrétaire d'Etat aux Transports Dominique Bussereau. Les listes Europe Ecologie sont créditées de 11,5%.
En Ile-de-France, la liste de la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse obtiendrait 30% selon OpinionWay, contre 28% à la liste du président socialiste sortant Jean-Paul Huchon, et 17% à la liste menée par la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot.
Seules les listes ayant obtenu au moins 10% des suffrages sont en lice pour le second tour. Une liste créditée de 5% à 10% des voix pourra fusionner avec une autre liste.
Les listes devaient être déposées mardi avant 18h00.
Edité par Yves Clarisse












