Régionales: à gauche, l'exception bretonne
par Pierre-Henri Allain
RENNES (Reuters) - La Bretagne fera exception dimanche lors du deuxième tour des régionales qui verra, face à la droite, s'affronter les listes socialiste et écologiste en dépit d'un accord national entre les deux formations.
Le PS et Europe Ecologie se rejetaient mardi la responsabilité de l'échec, annoncé dès lundi soir.
Le président socialiste sortant de la région, Jean-Yves Le Drian, a assuré avoir "respecté le suffrage universel" dans ses propositions aux écologistes, qui ont de leur côté dénoncé une "posture de division.
Au premier tour, le PS a obtenu 37,19% en Bretagne, devant la majorité présidentielle emmenée par Bernardette Malgorn, qui a recueilli 23,73% des suffrages. Europe Ecologie est arrivé en troisième position, avec un score de 12,21%.
Mettant en avant le respect des électeurs bretons, Jean-Yves Le Drian a dit avoir proposé dix places en position éligible sur une liste d'union à Europe Ecologie, ce qui correspondait selon lui à 12% des sièges de la future assemblée régionale.
Europe Ecologie s'appuyait sur un mode de calcul à la proportionnelle intégrale, appliqué entre alliés de gauche dans les autres régions. En tenant compte de la prime majoritaire de 25% des sièges à la formation arrivée en tête, les écologistes réclamaient quatorze places éligibles.
Le président sortant a été interrogé mardi lors d'une conférence de presse sur d'éventuelles pressions de la direction du PS pour parvenir à un accord afin de pouvoir afficher le rassemblement partout en France.
"Je n'ai jamais pris mes ordres à Paris", a commenté Jean-Yves Le Drian, mais "Martine Aubry m'a appelé pour me soutenir parce que les demandes étaient exorbitantes".
"AGENCE DE PLACEMENT"
La tête de liste écologiste Guy Hascoët a regretté que Jean-Yves Le Drian ait adopté "une posture de division" prouvant à ses yeux que le socialiste ne voulait pas de la fusion.
"Dès le départ, il nous a indiqué qu'il n'y avait qu'un programme, le sien, et nous a fait une proposition inacceptable avec seulement dix sièges", a-t-il déploré. "La discussion est restée bloquée toute la journée" lundi.
Pour les dirigeants d'Europe Ecologie, certains dossiers régionaux comme le problème des nitrates ou celui des algues vertes, qui mettent en cause l'agriculture intensive de Bretagne, ont incité Jean-Yves Le Drian à se montrer ferme.
"Il y a certains dossiers sur lesquels on allait être ennuyeux pour lui. Nous sommes la seule liste où un représentant de l'agriculture paysanne est en position éligible", souligne Janick Moriceau, candidate verte d'Europe Ecologie.
Une théorie réfutée par le président socialiste.
Il n'y avait "aucun désaccord sur le programme" lorsque les négociations se sont engagées lundi matin, a-t-il dit mardi.
Selon plusieurs sources socialistes, une nouvelle offre a été faite à Europe Ecologie lundi soir avec 11 voire 12 places éligibles, ce qui a été refusé.
"La Bretagne n'est pas une agence de placement", a conclu Jean-Yves Le Drian.
Au PS, on minimise la portée politique de l'échec, mis sur le compte de "mauvaises relations" entre Jean-Yves Le Drian et Guy Hascoët.
Pour Jean-Marc Brûlé, directeur de la campagne d'Europe Ecologie, la Bretagne, "c'est un raté" dans la stratégie nationale d'union mais les écologistes bretons ont eu raison face à "l'intransigeance" affichée par le président sortant.
Edité par Yves Clarisse












