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Référendum suisse sur l'immigration: une "décision inepte"

BFM Hervé Gattegno
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Hervé Gattegno revient sur le référendum suisse qui va imposer dans ce pays des quotas d’immigration pour les ressortissants de l’EU, un résultat commenté dans toute l’Europe. Son parti pris : il y a bien un exemple suisse, celui de la xénophobie imbécile.

Le vote suisse est une décision du peuple, à une courte majorité, mais souveraine. Elle s’impose. Mais on a le droit de trouver cette décision inepte.

Premièrement, les Suisses pénalisent leur économie: l’immigration qu’ils vont limiter est une immigration de travail, qui contribue à la prospérité du pays. Deuxièmement, ce vote remet en cause tous les accords de la Suisse avec l’UE, donc l’accès des produits suisses au marché européen, une part essentielle de la richesse suisse.

On peut parler de vote populaire ou de sursaut populiste: la vérité est que le peuple a forcément raison...mais qu’il lui arrive d’avoir tort. En tout cas, de faire des choix qui se retournent contre lui.

Les quotas d'immigration sont-ils un tabou?

L’idée des quotas n’est pas en soi révoltante, mais elle jure avec les principes universalistes de notre culture républicaine. Ce qui se passe dans toute l’Europe, c’est la montée de crispations identitaires face à une immigration. Cette dernière incarne des modèles culturels ou religieux différents, vécus comme antinomiques par les populations, surtout dans des pays affaiblis par la crise.

Cela relève plus d’un problème d’intégration que d’immigration, et les quotas ne sont pas une solution magique. En Suisse, c’est de toute façon autre chose : le pays est très prospère et les immigrés en question ne viennent pas du Maghreb ni d’Afrique mais de France, d’Allemagne, d’Italie. Donc c’est moins une réaction identitaire qu’un réflexe sectaire, voire xénophobe.

A votre avis, comment peuvent réagir les autorités européennes ? Faut-il couper les relations avec la Suisse?

Il ne faut pas en écarter l’idée. La libre circulation est un des fondements de la construction européenne. Un pays partenaire de l’UE ne peut pas bénéficier des avantages de ce partenariat sans en assumer les devoirs ni en respecter les valeurs.

Il y a une dimension juridique (envers les Suisses) mais surtout politique ( vis-à-vis des peuples européens, gagnés par l’euroscepticisme) : on ne peut pas toujours imposer des contraintes aux populations des Etats membres au nom des grands principes, et les brader quand un Etat extérieur joue son propre jeu. La cohésion de l’Europe est importante. La cohérence aussi.

Un tel vote serai-il possible en France. Avec quel résultat?

Seul le chef de l'Etat peut décider d’un référendum, et ce n’est pas prêt de se produire. S’il y avait un vote, on sait d’avance ce qu’il donnerait : les restrictions seraient largement approuvées. En France, le discours anti-immigration devient une facilité, non seulement au, FN mais à l’UMP, et même dans certains courants de la gauche.

Entendre lundi François Fillon, qui passe pour un représentant de la droite modérée, juger que la réaction des Suisses est "naturelle", était assez édifiant, qu’il le pense ou que ce soit pure tactique. Il faut défendre la libre circulation des personnes, mais la circulation de certaines idées est décidément inquiétante…