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R.Yade : « La diplomatie, jusqu’au bout ! »

BFM La rédaction-Bourdin & Co
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La secrétaire d’état chargé des Affaires Etrangères et des Droits de l’Homme, revient sur la crise iranienne et sur les tests ADN envisagés pour le regroupement familial. Avec beaucoup de mesure, voire de réserve.

J-J B : Les déclarations de Bernard Kouchner font du bruit. Il a employé un mot qui fait peur aux Français, le mot « guerre ». Doit on se préparer à la guerre ?

R Y : Je ne pense pas qu’on puisse poser la question en ces termes, je pense que Bernard Kouchner a eu raison de parler de cette tension importante au Proche Orient entre l’Iran et ses voisins, entre l’Iran et Israël.

J-J B : A-t-il eu raison d’employer le mot « guerre »?

R Y : La question n’est pas là, l’idée est de prendre acte qu’il y a une tension. Il ne faut quand même pas qu’on ait des comportements de naïveté qui donneraient l’impression que la France, ou la Communauté Internationale, abdique face à la crise nucléaire. Il est donc important de dire les choses. Mais François Fillon l’a dit très clairement : il y a encore de la place pour la diplomatie et même les américains sont sur cette ligne.

J-J B : Nous sommes même en avance sur les américains ?

R Y : L’originalité de la diplomatie française est de prendre acte de cette tension par réalisme, tout en maintenant les marges de négociation et de discussion pour la diplomatie. C’est très important. C’est dans ce sens que l’on n’a pas encore été au bout de la solution diplomatique, à travers des sanctions notamment.

J-J B : Passera-t-on par-dessus l’ONU ?

R Y : Non, l’ONU est encore en première ligne, c’est évident.

J-J B : Ce n’est pas ce que l’on a entendu dans la bouche de Bernard Kouchner…

R Y : Bernard Kouchner a dit clairement qu’il était important de prendre conscience de cette situation compliquée. Nicolas Sarkozy, il y a quelques semaines, au cours de la conférence des ambassadeurs, a fait un discours très clair sur la crise iranienne, en disant que l’Iran qui aurait une bombe nucléaire, c’était absolument inacceptable. On est tous sur la même longueur d’onde, aussi bien M. Sarkozy qui est le chef de la diplomatie française, que Bernard Kouchner, ministre des Affaires Étrangères et moi-même. On est arrivé à une tension extrême mais la diplomatie a encore sa place.

J-J B : Mais pourquoi la situation aujourd’hui est plus tendue qu’il y a trois semaines ou deux mois ?

R Y : Il y a quand même une situation qui se tend, une escalade. Les voisins sont inquiets. Je vous rappelle que Bernard Kouchner revient d’une tournée au Proche Orient, il a pu sentir les choses de près. On analyse les choses depuis Paris mais lui en revient, il a pu discuter avec ses interlocuteurs du Proche Orient, et ils sont tous inquiets. Nous ne pouvons pas avoir une attitude de résignation. Il est important que de temps en temps, les choses soient dites. Bernard Kouchner a eu le mérite de le dire avec franchise et tout le monde est d’accord pour dire que la tension est arrivée à un point extrême.

J-J B : Doit-on venir au secours des États-Unis qui connaissent la débâcle que l’on connaît en Irak ? Imaginons qu’Israël intervienne et frappe l’Iran, que ferons nous ?

R Y : Il ne s’agit pas de s’aligner sur les Etats-Unis. La France a une voix forte dans le monde, qui est entendue. Une voix spécifique qui doit être entendue dans son originalité.

J-J B : La politique étrangère a-t-elle évolué par rapport à celle conduite par Jacques Chirac ?

R Y : Bien sûr, nous sommes dans une diplomatie d’ajustement, différente. Vous avez bien pu voir la tonalité qu’a donné Nicolas Sarkozy aux premiers mois de sa politique étrangère. Il a eu un langage de fermeté par exemple par rapport à la Russie ou à la Chine. Rien n’empêchera jamais la France de donner son avis et de suivre une ligne tout à fait originale, qu’elle seule peut tenir. Dire que l’on est parfois d’accord avec les américains ne signifie pas qu’il y a alignement parce que nous ne sommes pas ennemis des américains. On a une histoire qui montre une forte amitié, nous collaborons dans beaucoup de domaines, comme la lutte contre le terrorisme par exemple.

J-J B : Est-ce que nous nous alignons si les Etats-Unis ou Israël se mettent à bombarder l’Iran ?

R Y : On n’en est pas là et je pense qu’il ne faut pas effrayer les opinions, en parlant d’éventualités de guerre. Bernard Kouchner a parlé de guerre… mais ça n’arrivera pas tant que la France n’aura pas suivi une ligne diplomatique jusqu’au bout.

J-J B : Parlons du regroupement familial, ces fameux tests génétiques qui devront être effectué par tous ceux qui veulent faire venir leur famille en France, qu’en pensez-vous ?

R Y : Premièrement, en étant Secrétaire d’État aux Affaires Étrangères et au Droit de l’Homme, ma mission est tournée vers l’international. Et j’ai réalisé que quand je suis à l’étranger, et que j’invoque ce message universaliste de la France que sont les Droits de l‘Homme, il arrive que certains de nos interlocuteurs répondent que nous n‘avons pas de leçon à leur donner car il faut avant tout que l‘on regarde ce qui se déroule chez nous. Il est donc important de se pencher de temps en temps sur les Droits de l’Homme en France, pour renforcer notre message à l’extérieur. La question des Droits de l’Homme doit donc être une préoccupation pour l’ensemble des membres du Gouvernement.

J-J B : Vous êtes favorable à la mise en place de ce test ADN ?

R Y : Je pense que sur cette affaire de test ADN, ce n’est pas une proposition gouvernementale, c’est une proposition qui nous vient de l’Assemblée Nationale. On est dans un pays démocratique, le Parlement a le droit de faire des propositions, donc il faut les laisser s’exprimer. Ensuite, je pense qu’il n’y a absolument aucun tabou, que tout doit pouvoir être débattu. Enfin, sur cette proposition là, qui n’est pas un test génétique puisque ça se fait sur une base volontaire, existe déjà dans plus d’une dizaine de pays. Je suis donc favorable au débat mais le Gouvernement n’a pas encore pris position sur la question. Je suis très pragmatique, à partir du moment où plusieurs pays le font et qu’ils ne sont pas soupçonnables d’être des dictatures ou des pays qui violent les Droits de l’Homme, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas s’interroger sur la question.

J-J B : Que fait on si une femme désire rejoindre son mari mais qu’elle a trois enfants de pères différents ?

R Y : Je ne pense pas qu’on puisse réduire cet amendement à une question génétique. Ce n’est pas un test génétique, au sens scientifique du terme. Il n’y a pas obligation.

J-J B : Est-ce que le lien de filiation se réduit à la dimension biologique ?

R Y : Vous savez bien qu’il y a eu un rapport présenté par le Sénateur Gouteyron, qui expliquait qu’il est très difficile de prouver la filiation des gens à cause des défections en matière d’état civil dans certains pays. Ces défections, c’est 30 à 80% dans certains pays ! L’objectif est donc de dire aux gens que finalement, s’ils font ce test génétique, la procédure s’accélérera. Mais le Gouvernement n’a pas encore pris position là-dessus, laissons donc le débat prendre place et on verra.

J-J B : Mais quelle est votre position personnelle?

R Y : Moi je ne suis pas fermée. J’attends de voir le débat parlementaire pour avoir tous les éléments en main et pour avoir un avis.

J-J B : Est-ce que vous regrettez d’avoir rendu visite aux squatteurs d’Aubervilliers ?

R Y : Non, l’affaire a fini par se régler. L’essentiel était d’inciter ces squatteurs au dialogue. Quand je suis allée les voir, je ne leur ai pas dit que j’étais là ou non pour les soutenir, ni pour leur donner raison ou tort. Mais pour leur dire qu’il faut dialoguer.

J-J B : Vous avez été rappelé à l’ordre par François Fillon et Christine Boutin ?

R Y : Le Premier Ministre était dans son rôle, il m’a simplement demandé de lui expliquer, ensuite les journalistes ont brodé. François Fillon est celui qui a le plus fait pour que je sois de son Gouvernement, résistant à ceux qui était réticent. Il m’a juste parlé de cohérence gouvernementale et m’a dit que la prochaine fois il faudra consulter. Donc, désormais je consulte.