Promettre l'impossible, c'est mentir aux Français

Hervé Gattegno - -
C’est un curieux revirement qui s’est opéré ces derniers jours. Longtemps, François Hollande a affiché la prudence du gestionnaire, le sérieux du social-démocrate prêt à gouverner. On a beaucoup dit que ses 60 engagements de candidats étaient assez raisonnables – ça lui a été reproché par une partie de la gauche. Or subitement, c’est à croire que les vannes de la raison ont lâché. Ce qu’a dit Jérôme Cahuzac pourrait passer pour un dérapage s’il n’y avait pas eu auparavant d’autres proclamations tout aussi insensées. Ce ne sont pas les ministres qui sont intenables… mais leurs promesses !
Est-ce une allusion à l’objectif de réduction du déficit à 3% dès l’an prochain, qui est déjà controversé parmi les socialistes ?
Pas seulement au PS mais aussi chez les économistes – parce que le budget est fondé sur une prévision de croissance à 0,8% qui n’est déjà plus crédible. « Notre prévision est volontariste mais réaliste », disait Pierre Moscovici ce week-end dans Le Monde. Tout part évidemment de là mais François Hollande lui-même a juré que la dette n’aura pas augmenté d’un euro à la fin de son mandat : c’est impossible sauf si la France fait 2% de croissance par an pendant cinq ans – à ce stade, ça relève de l’acte de foi ! Pour mémoire, dans son discours de politique générale, en juillet, Jean-Marc Ayrault jurait aussi qu’il « refusait l’austérité ». La semaine dernière, sur France 2, il a aussi promis que la TVA n’augmenterait pas d’ici 5 ans.
L’autre promesse du Premier ministre qui a suscité beaucoup de commentaires, c’est qu’il a affirmé que 9 Français sur 10 seraient épargnés par les hausses d’impôts. Est-ce crédible ?
Autant que les promesses précédentes – c’est-à-dire pas du tout. Tous les experts de la fiscalité ont fait et refait les opérations ; aucun n’a trouvé le même résultat que Jean-Marc Ayrault (sauf Pierre Moscovici, mais peut-être qu’ils ont la même calculatrice…). Qui peut croire que les 10 milliards de recettes supplémentaires inscrites au budget seront prises aux « riches » ? Même la seule hausse de l’IR touchera plus que 1 contribuable sur 10 ; et il faut aussi tenir compte du plafonnement des niches fiscales (qui ne sont pas toutes réservées aux nantis : voyez les emplois à domicile), de la redevance TV ou même de la nouvelle taxe sur la bière – là, beaucoup de Français vont trinquer. C’est normal puisque tout cela s’apparente à des serments d’ivrogne.
Mais est-ce que la plupart des Français ne sont pas en mesure de comprendre que des efforts sont nécessaires à cause de la crise ?
Bien sûr que si. Et c’est précisément ce qui rend l’attitude du gouvernement absurde. François Hollande et Jean-Marc Ayrault pourraient facilement admettre que la situation est plus grave qu’ils ne l’avaient prévu ; qu’ils ont été trop optimistes. Politiquement, ce serait à moindre coût : l’opinion s’y attend et il n’y a pas d’élection avant 2 ans, ce qui écarte le risque de sanction. Il y a donc une conjonction idéale pour satisfaire à la fois au réalisme économique et à l’éthique politique. Visiblement, ce n’est pas le choix de François Hollande. Peut-être pense-t-il sincèrement que l’austérité n’est supportable qu’enrobée d’une part d’idéalisme. Candidat, il disait vouloir « réenchanter le rêve français ». Les promesses en l’air transforment le rêve en pari. Mais un pari fou, qui ne fera pas beaucoup de gagnants.
Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 1er octobre, cliquez ici.












