Pourquoi Thomas Legrand et Patrick Cohen sont auditionnés ce jeudi devant la commission d'enquête sur l'audiovisuel public
Thomas Legrand et Patrick Cohen - AFP
Des stars des médias sur le grill. Les journalistes Patrick Cohen et Thomas Legrand sont auditionnés ce jeudi après-midi par la commission d'enquête sur l'audiovisuel public à l'Assemblée nationale. Accusés de connivence avec les socialistes, les deux hommes devront répondre aux feux roulants des questions des députés, à commencer par celles du rapporteur Charles Alloncle, un proche d'Éric Ciotti.
Leur audition est d'autant plus attendue que c'est une vidéo diffusée par le média conservateur L'incorrect qui a conduit à lancer la commission d'enquête.
Début septembre, un journaliste de ce média fondé par un proche de Marion Maréchal avait publié sur X des images de quelques dizaines de secondes dans lesquelles on voit Patrick Cohen et Thomas Legrand discuter dans un restaurant parisien avec des responsables du PS.
"Des propos graves et contraires à la déontologie"
Autour de la table, les deux journalistes échangent avec Pierre Jouvet et Luc Broussy, respectivement secrétaire général et président du conseil national du PS. La discussion porte sur la stratégie de la gauche en vue de la présidentielle de 2027. Thomas Legrand, éditorialiste à France Inter et à Libération, lance alors: "Nous, on fait ce qu’il faut pour (Rachida) Dati, Patrick (Cohen) et moi."
Son confrère, qui officie dans "C à vous" sur France 5 et sur France Inter, reste silencieux dans cet extrait.
Dans la foulée, la ministre de la Culture, investie comme candidate des Républicains pour conquérir la mairie de Paris en mars prochain, dénonce des "propos graves et contraires à la déontologie". Elle réclame également à l'audiovisuel public des mesures disciplinaires à l'encontre de leurs deux salariés.
Suspension de Thomas Legrand
Quelques jours plus tard, France inter décide de suspendre Thomas Legrand de son émission "à titre conservatoire". Ces propos "peuvent prêter à confusion et alimenter la suspicion quant à l’utilisation de notre antenne à des fins partisanes. Il est de ma responsabilité de protéger la chaîne de toutes ces accusations", explique alors la directrice de France Inter, Adèle Van Reeth, dans un message diffusé en interne.
Quelques heures après sa suspension, Thomas Legrand avait reconnu des "propos maladroits" dans un texte diffusé sur ses réseaux sociaux. "Si la tournure, extraite d'un échange tronqué et privé, est malheureuse, j'assume de 'm'occuper' journalistiquement des mensonges de Madame Dati", avait-il encore ajouté. Depuis, le journaliste n'a pas fait son retour sur les ondes de France inter.
La séquence provoque aussi des réactions politiques en chaîne. Le fondateur de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon dénonce une "vidéo consternante" où, selon lui, "deux journalistes essentiels de l’officialité PS complotent pour valoriser un axe 'de François Ruffin à Pascal Canfin' et Raphaël Glucksmann".
La cheffe de file des députés du RN, Marine Le Pen, affirme, elle, que "le service public ne peut pas être la succursale du PS, pas plus qu'il ne pourrait l'être de n'importe quel autre parti politique", et appelé à "réfléchir à sa privatisation".
Des auditions électriques
Dans la foulée, Delphine Ernotte se fend d'un entretien dans Le Monde dans lequel elle évoque le cas de Cnews qui a largement diffusé la vidéo de Patrick Cohen et de Thomas Legrand. Elle y qualifie la chaîne de Vincent Bolloré de média "d'extrême droite". L'animateur-star de l'antenne Pascal Praud, l'accuse alors de leur mettre "une cible dans le dos".
Après cette violente passe d'armes, Éric Ciotti, le président des députés Union des droites et allié du Rassemblement national, annonce lancer une commission d'enquête sur l'audiovisuel public. Créée le 28 octobre dernier, elle a pour mission d’évaluer la neutralité, le fonctionnement interne et le financement des médias publics.
C'est l'un de ses lieutenants, le député Charles Alloncle qui en est le rapporteur. Depuis plusieurs semaines, les députés enchaînent les auditions présidées par le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus.
La patronne de France télévisions Delphine Ernotte et la dirigeante de Radio France Sibyle Veil ont été reçues ces derniers jours par la commission dans une atmosphère électrique, esquivant parfois certaines questions.
Une nouvelle vidéo
Thomas Legrand et Patrick Cohen doivent donc se préparer à une audition particulièrement tendue.
Cette audition intervient par ailleurs alors qu'une nouvelle conversation privée entre Thomas Legrand et Laurence Bloch, dans un café parisien, a été dévoilée par Europe1 et CNews. D'après Europe 1, l'ancienne directrice de France Inter lui aurait donné des consignes précises pour préparer son audition devant les députés, lui indiquant avoir échangé au téléphone avec Patrick Cohen.
Thomas Legrand dénonce une "barbouzerie". "Je démens tout ce que cet article d'Europe 1 tiré de l'espionnage d'un rendez-vous privé me fait dire. Il y aura des suites judiciaires", a-t-il écrit sur X.
Le rapporteur Charles Alloncle a de son côté été rappelé à l'ordre par la présidente de l'Assemblée nationale. Yaël Braun-Pivet lui a demandé d'"essayer de garder le maximum de dignité à cette commission d’enquête" ce mercredi lors d'une interview sur France inter.
Éric Ciotti lui a répondu en assurant que "cette commission voulue par le groupe UDR gêne un pouvoir qui a fait du contrôle et des pressions sur les médias publics et privés sa marque de fabrique".











