Les Français n'ont pas confiance en la justice et ils ont raison!

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE
Les politiques englués dans une affaire utilisent toujours la formule : "J’ai confiance en la justice de mon pays." Ils n’en croient rien et les citoyens, usagers de la justice, non plus. De nos grandes institutions, la justice est celle qui a le plus de défauts – plus que l’école et la police : elle est lente, peu efficace, peu professionnelle, pas assez équitable.
Cela tient au manque de moyens, mais aussi à l’organisation et la formation. Et puis à la psychologie collective des magistrats, qui sont coupés de la société qu’ils sont censés réguler, et qui veulent être à la fois fonctionnaires et indépendants. Ils jugent souvent mal ; on peut comprendre qu’ils soient mal jugés.
Un des reproches principaux porte sur le manque d'indépendance des juges de l'instruction. Vous partagez ce point de vue ?
Non. Les juges sont protégés par leur statut et le pouvoir n’a la main ni sur leurs enquêtes ni sur leur carrière – on le voit avec la litanie des "affaires". D’ailleurs, la question des enquêtes n’est pas l’essentiel. Ce qui nourrit le plus la défiance, c’est la lenteur et les aberrations des décisions, les défaillances de l’exécution des peines.
Surtout, le vrai problème (et les citoyens ne le mesurent pas) est dans la confusion entre juges et procureurs, issus du même corps et qui passent d’un côté à l’autre au fil de leur carrière. La question n’est pas de séparer le parquet du pouvoir, mais de séparer les juges des procureurs.
Autre enseignement de ce sondage : les Français préfèrent Valls à Taubira. Quelle conclusion peut-on en tirer ?
D’abord, à question idiote réponse idiote : pourquoi ne demande-t-on pas si on préfère le ministre de la Défense à celui des Finances ? C’est une façon d’opposer la justice et la police qui ne sert qu’à alimenter la confusion.
En fait, les deux institutions sont complémentaires mais il est clair que Valls a plus de poids politique et que, par ailleurs, il est plus en phase avec le climat répressif que nous connaissons. Il est vu, lui, comme celui qui veut qu’on arrête toujours plus de personnes ; et Taubira comme celle qui voudrait qu’on en mette moins en prison. Ce n’est pas faux : chacun est dans son rôle et ils ont tous les deux raisons.
Vous soutenez que la garde des Sceaux a raison de vouloir la baisse des délinquants en prison?
L’état de nos prisons est une honte et leur coût est un poids énorme sur la justice. Avec la crise, on ne pourra de toute façon pas construire toujours plus de prisons. Donc chercher des sanctions alternatives, c’est sûrement une vue idéologique mais surtout un impératif économique.
Ce qu’on peut reprocher à Taubira, c’est de le faire de façon confuse et sans doute candide – ce qu’elle explique de la future "peine de probation" n’est pas très probant. Mais aussi difficile que ce soit à entendre, c’est la moins mauvaise solution. C’est sur cette évidence que les Français devraient fonder… leur jugement.












