Les écologistes ont bradé l'écologie !

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En d'autres temps, un cas comme celui-là aurait fait hurler les Verts. Ils auraient pesté, lancé des ultimatums. Là, ils manient la langue de bois comme de vieux politiciens. Cécile Duflot jure que Nicole Bricq a reçu "une promotion"... C'est évidemment faux : chacun a compris que c'est son refus d'autoriser les forages de Shell en Guyane qui lui a coûté sa place. Au passage, l'Écologie a reculé de deux rangs dans l'ordre gouvernemental. Et la nouvelle ministre, Delphine Batho, bataillait il y a deux semaines avec Christiane Taubira pour obtenir la tutelle sur... les prisons. Avec tout ça, pas la moindre protestation des écologistes.
Pourtant, leur influence a progressé. Ils ont un groupe à l'Assemblée et deux ministres au gouvernement...
La question est : à quel prix ? Cécile Duflot est ministre du Logement et Pascal Canfin secrétaire d'État au Développement, mais les Verts sont muets sur les sujets qui fâchent : pas un mot sur le nucléaire, plus un mot sur l'aéroport de Nantes, rien sur le diesel qui serait cancérigène... Ils ont gagné des sièges, mais perdu la voix. On avait cru que l'accord PS-Verts était un jeu de dupes pour le PS. Vu d'aujourd'hui, c'est l'inverse : François Hollande a une majorité sans avoir besoin des Verts, et en plus, leur présence au gouvernement les empêche de s'opposer. Ils se sont vendus pour un plat de lentilles bio.
On peut dire aussi qu'avec le très faible score d'Eva Joly à la présidentielle (2,3 %) les écologistes pouvaient difficilement espérer mieux...
C'est vrai, mais l'attitude de Cécile Duflot ne corrige en rien l'échec d'Eva Joly. Le problème des Verts, c'est que leur discours reste ancré dans une conception dure, rébarbative de l'écologie ; mais leur pratique est marquée par la pusillanimité et l'opportunisme. Les vraies avancées écologiques n'ont jamais été leur fait : Nicolas Hulot, Jean-Louis Borloo, NKM ou José Bové ont mieux servi qu'eux la cause environnementale. Les Verts sont plus fermes sur le mariage gay ou le cannabis - ce n'est pas la gauche caviar, mais la gauche "pétard". Personne n'en voudra à François Hollande d'avoir considéré que l'écologie est une chose trop sérieuse pour la confier... aux écologistes.
Faut-il en déduire qu'on n'entendra pas les Verts pendant cinq ans ?
C'est probable, puisque la logique veut qu'ils s'allient avec le PS pour toutes les élections (sauf les européennes, où l'on vote à la proportionnelle). Entre les idées écologiques qu'ils sont censés défendre et les voix socialistes qui les font élire, la décision sera vite prise. Pour l'instant, il est clair qu'ils ont choisi de faire de la politique plutôt que de porter une politique. De tenir leur langue plutôt que de tenir une ligne.
Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 25 juin, cliquez ici.












