Les confidences de Sarkozy aux Américains

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Petit paquet par petit paquet, le site Internet Wikileaks distille aux grands journaux de la planète des télégrammes diplomatiques américains confidentiels. Mardi soir, le quotidien Le Monde a eu droit aux télégrammes concernant la France, et notamment Nicolas Sarkozy.
Depuis longtemps, les diplomates américains suivent pas à pas l'ascension de Nicolas Sarkozy, dont ils soulignent dans un télégramme, « le libéralisme, l'atlantisme et le communautarisme ». On découvre dans ces mémos que Nicolas Sarkozy, alors ministre de Jacques Chirac, fréquente assidument l'ambassade américaine de Paris. Du coup, les Américains sont les premiers à être informés de sa candidature à la Présidentielle. « Je vais être candidat en 2007 », annonce-t-il à l'ambassadeur Craig Stapleton le 1er août 2005, 16 mois avant de le dire aux Français.
Sarkozy n'aurait pas mis son véto à la guerre en Irak
Et Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac, n'hésite pas à critiquer la position diplomatique française devant des officiels étrangers. « Sarkozy s'est lamenté de l'état troublé des relations entre les Etats-Unis et la France au cours des dernières années, écrit le diplomate. Affirmant que c'est quelque chose que lui 'ne ferait jamais', il a évoqué l'utilisation, par Chirac et Villepin, du veto de la France au Conseil de sécurité [de l'ONU] contre les Etats-Unis en février 2002 [sur l'invasion de l'Irak] comme étant une réaction injustifiable et excessive », dit une note.
Le futur président de la République a donc dit aux Américains qu’il n’aurait pas mis son veto sur la guerre en Irak. Même s’il ajoute qu'il aurait quand même « conseillé aux Etats-Unis de ne pas se lancer dans l'invasion et l'occupation de l'Irak ». En 2006, lors d'un passage à Paris du ministre de la Justice du Président Bush, Alberto Gonzalez, il sous-entend qu'une fois élu, il pourrait envoyer l'armée française en Irak, « dans le cadre par exemple d’une force internationale », écrit l'ambassadeur.
« Le mieux placé pour mettre un terme à la présidence de Chirac »
Parfois, ce sont les petits télégraphistes de Nicolas Sarkozy qui se chargent de la mission. Lors des manifestations de rues contre le gouvernement Villepin, Patrick Devedjian revient à l'ambassade des Etats-Unis à Paris, triomphal, annoncer « la mort des ambitions présidentielles de Villepin ». Quant à Hervé de Charrette, alors chargé des relations internationales à l'UMP, il prend, deux ans avant la Présidentielle, « l'initiative remarquable » d'appeler l'ambassadeur Howard Leach pour dénoncer « l'embarras » causé aux relations franco-américaines par M. Chirac. « Nicolas Sarkozy est l'homme politique le mieux placé pour mettre un terme à la présidence Chirac », écrit alors l’ambassadeur américain.
Une fois président, il ne décevra pas Washington
Et Nicolas Sarkozy ne décevra pas les Américains. Une fois élu président de la République, il tient ses promesses. Il réoriente la politique étrangère française. Il est ferme à l’égard de l’Iran, il est moins pro-arabe que ne l’était Jacques Chirac. Et surtout il rompt, comme promis, avec le Général de Gaulle, notamment en réintégrant le commandement intégré de l’OTAN. Sur ce sujet, les diplomates américains en savent à l'époque déjà plus que les citoyens français : « Les plus proches conseillers de Sarkozy ont été clairs sur le fait qu'il a déjà pris la décision de réintégrer la France dans le commandement militaire intégré ».
Mais les Américains ne se privent pas de souligner les fautes diplomatiques de Nicolas Sarkozy. Deux exemples. A propos de la Turquie, les diplomates américains rapportent un épisode étonnant : « Les conseillers de Sarkozy font détourner l'avion du président pour éviter qu'il voit la Tour Eiffel éclairée aux couleurs de la Turquie à l'occasion de la visite du Premier ministre Erdogan (une décision prise par la mairie de Paris) ». Plus tard, les Américains relèveront un « faux pas » de M. Sarkozy, en visite chez leur allié saoudien. « Le président Sarkozy a été perçu comme inélégant par les Saoudiens en affichant son ennui lors de la cérémonie d'arrivée ou en refusant de goûter un repas traditionnel arabe ».












