Le mariage gay, n’en parlons plus !

Hervé Gattegno - -
On peut avouer sans honte une certaine lassitude. Si les opposants au texte redoutaient (de bonne foi) que le débat soit escamoté, ils peuvent être rassurés… le débat a eu lieu. Largement. Jusqu’à la nausée, même. Dans les médias, dans la rue, à l’intérieur des partis politiques, dans la société tout entière, tous les arguments ont été échangés mille fois. Maintenant, les positions sont à peu près figées, les principales difficultés juridiques ont été déminées et le texte va être adopté puisqu’il y a une majorité pour le voter. Le moment est peut-être venu de ramener ce débat à des proportions plus justes – c’est-à-dire plus modestes.
Vous voulez dire que la question du mariage homosexuel a pris trop d’importance dans le débat politique français ?
Au risque d’irriter à la fois partisans et adversaires du projet, on peut dire que ce qui s’est passé ne traduit pas l’importance réelle de cette réforme. Donner aux homosexuels le droit de se marier et de fonder une famille dans la légalité, c’est une réforme généreuse – tout sauf un scandale ; mais c’est sans commune mesure avec la lutte contre le chômage, la politique d’austérité ou l’envoi de soldats au Mali – sujets dont on ne débat pas avec autant de passion. En réalité, ce droit nouveau bénéficiera (au mieux) à quelques milliers d’individus. Le « mariage pour tous » ne changera la vie que de quelque- uns. Et il ne dérangera personne, sauf les intolérants.
Est-ce que, justement, le débat parlementaire qui commence ce mardi ne peut pas être l’occasion d’apaiser les esprits ?
En théorie. Dans la pratique, c’est le contraire qui est à craindre. Les positions des deux camps ont parfois été caricaturées ; à l’Assemblée, c’est le débat qui s’annonce caricatural. Si 5 300 amendements ont été déposés (la plupart par l’UMP), ce n’est pas pour améliorer le texte mais pour le pilonner, le démanteler, le retarder. C’est ce qu’on appelle de l’obstruction parlementaire : sur un problème qu’elle ne peut guère trancher, l’opposition mène une guerre… de tranchées. Au passage, elle va surtout donner le sentiment que le Parlement ne sert à rien. Et que ce n’est ni le lieu du débat, ni celui de la raison. C’est regrettable.
Même si le vote paraît acquis, est-ce qu’il reste quand-même quelques enjeux politiques dans cette discussion ?
En réalité, un seul. Si le gouvernement (et singulièrement Christiane Taubira) sait se montrer convaincant, le mariage est un sujet sur lequel il peut espérer élargir sa majorité à quelques voix de droite et du centre. Après tout, bien de ceux qui disent aujourd’hui que le Pacs est suffisant et qu’il ne faut pas aller au-delà y étaient opposés en 1999. Selon un sondage récent, 81% des Français assisteraient à un mariage gay si c’était celui de leur enfant. C’est le signe que, quoi qu’en en pense, l’union entre homosexuels est déjà, potentiellement, un sujet d’union nationale. Les députés feraient bien de ne pas l’oublier.
Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 28 janvier.












