Le droit de vote des étrangers, c’est pour quand ?

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Le droit de vote aux étrangers, c’est maintenant ! C’est en tout cas ce que nous avait dit pendant sa campagne François Hollande. C’est la 50è proposition : « J’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans ». C’est au nom de cet engagement que plus de 75 députés socialistes ont signé une tribune dans Le Monde dans laquelle ils exhortent le président à tenir sa promesse. Ils ne sont pas les seuls : les Verts et les communistes ont demandé au président de tenir sa promesse. Ce changement ce n’est pas pour maintenant a aussitôt répliqué Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur : « Est-ce que c’est aujourd’hui une revendication forte dans la société française. Non ». Aussitôt vous pensez bien, on appelle l’Elysée… et que nous dit l’Elysée ? Que c’est toujours un engagement du président et que Manuel Valls n’engage que Manuel Valls…
Mais Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, est responsable des élections et donc de ce dossier !
Effectivement. Et c’est ce que nous confirme aussi l’Elysée qui apparemment n’est pas chagriné de laisser le ministre de l’Intérieur jouer sa petite musique. Un ministre de l’Intérieur qui pendant la campagne présidentielle nous confiait que cet engagement était une erreur, que la société n’était ni prête, ni demandeuse. Un Manuel Valls encore qui, alors qu’il venait d’être nommé ministre de l’Intérieur, nous avait dit que le président connaissait sa position sur ce sujet du droit de vote des étrangers et que donc les choses étaient claires.
Mais alors qui est le patron ? François Hollande ou Manuel Valls ?
Au fond, on peut imaginer que François Hollande n’est pas mécontent de cette répartition des rôles. Il fait vivre le débat au sein de sa majorité et laisse Valls expliquer pourquoi la mesure ne sera pas prise tout de suite. Il y a évidemment un danger : c’est que cette nouvelle cacophonie au sommet de l’Etat ne ressuscite cette image de président flou qu’avait plus ou moins réussi à dissiper François Hollande en reprenant la barre depuis une dizaine de jours. Chassez le naturel il revient au galop… Le risque, c’est qu’à force de faire entendre sa petite musique, Manuel Valls ne soit pour Hollande ce que Nicolas Sarkozy était vis-à-vis de Jacques Chirac. Pour faire court le vizir qui veut devenir calif à la place du calif. D’ailleurs, le ministre de l’Intérieur est devenu, comme Nicolas Sarkozy, le ministre préféré des Français, à droite comme à gauche !
Oui, mais peut-être que François Hollande aime faire vivre le débat autour de lui !
Oui, c’est vrai. D’ailleurs lundi, sur un autre sujet, le gaz de schiste, il n’a pas fallu 48 heures pour qu’Arnaud Montebourg entrouvre de nouveau le dossier rangé dans un tiroir par la conférence sur l’environnement. « Le président a condamné la fracturation hydraulique mais pas le gaz de schiste en soi », a précisé Arnaud Montebourg dans Le Monde.
Bon, nous verrons comment François Hollande gèrera l’ambition des Valls ou Montebourg dans les prochaines années. Mais sur tous ces sujets de société, le mariage pour tous ou le droit de vote des étrangers, au fond ce que cherche aussi François Hollande c’est faire bouger les lignes politiques. Sur le mariage pour tous, on sait que la droite est divisée. Et sur le droit de vote des étrangers, certains préconisaient un référendum comme Jean-François Copé, d’autres demandaient un retrait pur et simple de ce projet comme François Fillon ou Edouard Balladur. Bref, François Hollande est décidemment de plus en plus machiavélique et mitterrandien !
Pour écouter Les Coulisses de la Politique de Christophe Jakubyszyn de ce mardi 18 septembre, cliquez ici.












