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La réforme du mariage ne regarde ni l’école, ni l’enseignement catholique

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

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La polémique sur le projet de mariage homosexuel a rebondi ce week-end après la remontrance de Vincent Peillon à l’enseignement catholique.

Ce qui est au cœur de la dispute entre Vincent Peillon et l’enseignement catholique, c’est cette idée d’organiser des débats dans les écoles privées sur la question du mariage pour sensibiliser les enfants. Le ministre a bien fait d’y répondre avec vigueur. Mais il aurait pu aller plus loin. Il n’interdit pas le débat, il met en garde contre le risque de dérapage ou discrimination. En réalité, le débat sur le mariage n’a pas sa place à l’école. Parce que l’école est un lieu d’enseignement et non de discussion – nos enfants doivent y apprendre l’esprit critique, mais sur l’histoire, la littérature, les arts ; pas sur les textes de loi qui sont soumis au Parlement !

Mais pourquoi dites-vous que le sujet du mariage ne regarde pas non plus l’église ? C’est une position plutôt paradoxale…

A première vue seulement. La réforme ne porte en rien sur une question religieuse : le mariage est régi par le code civil, c’est un contrat conclu dans un cadre républicain et laïc. Bien sûr les religions peuvent défendre des convictions (elles sont d’ailleurs toutes hostiles au projet). Mais il faut convenir que leur avis n’a pas plus de légitimité – ni d’importance – que sur le gaz de schiste, la fiscalité ou la guerre en Afghanistan. En tout état de cause, ces opinions ne doivent pas être mélangées à l’enseignement. D’autant que sur les questions de société, les religions se sont rarement distinguées par la clairvoyance de leurs positions…

Plusieurs personnalités de droite accusent Vincent Peillon de vouloir « rallumer la guerre scolaire ». Vous trouvez que c’est un reproche excessif ?

Vincent Peillon est tombé dans le piège mais il pouvait difficilement ne pas réagir à un appel (même déguisé) à la mobilisation des écoles catholiques contre le mariage gay. Cela dit, la comparaison avec la « guerre scolaire » de 1984 est non avenue : à l’époque, le projet du gouvernement mettait en cause l’accord entre l’Etat et l’enseignement catholique, notamment sur le statut des enseignants. L’église pouvait se sentir visée : elle pouvait estimer qu’on restreignait une liberté. Pour le mariage gay, c’est tout l’inverse : la réforme donnerait un droit supplémentaire à des personnes qui le réclament. Ça peut justifier des crispations, certainement pas une guerre. Ou alors un combat d’arrière-garde.

Il y aura quand-même une grande manifestation des adversaires de la réforme, dimanche prochain. Ce sera un baroud d’honneur ou vous pensez qu’il y a un risque pour le gouvernement ?

Si c’est un raz-de-marée, le gouvernement devra en tenir compte – et ce sera une bonne opération pour l’UMP, qui appelle à défiler. Cela dit, à droite aussi il y a des désaccords : le refus du texte n’implique pas forcément le rejet du mariage lui-même. De même qu’à gauche, beaucoup de partisans du texte ont des doutes sur l’adoption – et refusent la PMA pour les couples homos – au point que l’amendement sur cette question va devoir être retiré. François Hollande espérait que cette loi serait un sujet de consensus et c’est finalement un sujet de division. C’est même paradoxal qu’une nouvelle forme d’union suscite à ce point… la désunion.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 7 janvier.