BFM

La loi Florange, un symbole de reniement et d’impuissance

BFM Hervé Gattegno
Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Téléchargez la nouvelle application BFM
Deux ans après la promesse de Hollande aux sidérurgistes de Lorraine, l’Assemblée a adopté hier la loi dite "Florange", destinée à éviter les fermetures d’usines rentables. Votre parti pris est sévère : la loi Florange, un symbole de reniement et d’impuissance.

Quand François Hollande a promis aux ouvriers de Florange une loi pour les protéger, il était monté sur une camionnette, un micro à la main – c’est une image qui restera. Deux ans après, ce sont les sidérurgistes – et sans doute beaucoup d’ouvriers – qui tombent de haut.

La loi a été tellement édulcorée qu’au lieu de symboliser la défense de notre puissance industrielle, elle donne un signal d’impuissance politique. Sous cette forme, elle n’aurait pas sauvé Florange et elle ne sauvera pas beaucoup d’autres sites menacés. Les hauts-fourneaux ne fument plus à Florange, mais c’est la promesse de François Hollande qui est partie en fumée.

Les socialistes expliquent que ce texte constitue une avancée et Edouard Martin pense qu'il "a le mérite d'exister". Ont-ils tort?

Le seul mérite est de clarifier la position du gouvernement : la loi entérine le fait que l’Etat ne peut pas intervenir quand un groupe veut fermer une usine qui est rentable – le contraire de ce que réclamait Edouard Martin quand il était syndicaliste. Au départ, la loi devait imposer à l’actionnaire de vendre le site qu’il ne voulait pas garder ; puis le texte a prévu qu’il devrait trouver un repreneur ; à présent, il ne s’agit plus que de chercher un repreneur.

Il y aura des amendes en cas de manquement, mais en fait de symbole, les sanctions seront symboliques : 20 fois le smic par salarié, c’est bien moins que ce que Mittal a versé aux ouvriers de Florange. Donc on n’a pas sauvé la sidérurgie mais on a créé une usine… à gaz.

Arnaud Montebourg avait proposé la nationalisation temporaire de Florange. Était-ce une voie possible?

Contrairement à ce qui a été dit, la nationalisation n’est pas inconstitutionnelle – le principe a été validé en 1981. La question posée à Florange était celle du scénario de reprise et de l’opportunité politique. Arnaud Montebourg a perdu cette bataille et vu d’aujourd’hui, on comprend que sa ligne aurait juré avec la politique de compétitivité et d’attractivité choisie par François Hollande, qui repose essentiellement sur un accord avec le patronat.

Au passage, la loi ne prévoit aucune protection pour les entreprises de moins de 1000 salariés (donc les PME et les petites filiales). La loi Florange devait apporter d’autres solutions, elle risque d’apporter d’autres désillusions.

L'UMP promet de saisir le Conseil constitutionnel et dénonce un "Waterloo économique". N'est-ce pas la preuve que la loi aura malgré tout un impact?

C’est plutôt une posture politique. Attaquer une loi qui essaierait d’empêcher les fermetures d’usine au nom de la liberté d’entreprise, c’est assez paradoxal. Au demeurant, l’UMP n’a proposé aucune solution alternative pour sauver les sites rentables.

Le fait est qu’à l’arrivée, la loi Florange est critiquée aussi bien par la droite que par le FG et le FN, qu’elle ne satisfait ni le Medef, ni les syndicats. Pour une loi qui était censée préserver les sites industriels rentables, on ne peut pas dire qu’elle soit d’une rentabilité politique évidente…