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Nationaliser ArcelorMittal? LFI espère déjouer "l'obstruction massive du RN" pour obtenir des victoires à l'Assemblée

BFM Baptiste Farge
La cheffe des députés de La France insoumise, Mathilde Panot, le 14 octobre 2025 à l'Assemblée nationale

La cheffe des députés de La France insoumise, Mathilde Panot, le 14 octobre 2025 à l'Assemblée nationale - Photo by Adnan Farzat / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Les insoumis défendent leurs mesures ce jeudi 26 novembre dans l'hémicycle. S'ils mettront d'abord au débat une proposition de résolution pour s'opposer à l'accord commercial entre l'UE et le Mercosur, un autre texte focalise l'attention. Celui visant à nationaliser ArcelorMittal France, objet de nombreux amendements venus de l'extrême droite.

La France insoumise réussira-t-elle à obtenir des victoires politiques dans les prochaines heures? Son groupe de députés, présidé par Mathilde Panot, va présenter ce jeudi 27 novembre ses propositions de loi dans l'hémicycle. Dans le cadre de leur "niche parlementaire", les insoumis auront la main sur l'ordre du jour de l'Assemblée nationale entre 9 heures et minuit.

Le premier de leurs textes sera rapidement soumis au vote, s'agissant d'une proposition de résolution, soit une disposition ne pouvant être amendée par les parlementaires.

Celle-ci, dont la valeur n'est pas contraignante, vise à s'opposer à l'adoption de l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur, deux semaines après qu'Emmanuel Macron s'est dit "plutôt positif" quant à l'idée de valider ce traité. Avant de rétropédaler, après le tollé provoqué par ses propos parmi les agriculteurs français comme dans la classe politique.

Une manière pour LFI de lancer les débats par un sujet très consensuel. Le 26 novembre 2024, les députés s'étaient largement opposés à une ratification de ce texte.

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La nationalisation d'ArcelorMittal au cœur des débats

La suite s'annonce plus corsée, même si cinq propositions de loi de LFI ont été adoptées en commission la semaine dernière. La raison: une potentielle "obstruction massive" du Rassemblement national, pour reprendre les termes utilisés par Mathilde Panot, ce mardi, lors de la conférence de presse hebdomadaire de son groupe parlementaire.

Les insoumis dénoncent les nombreux amendements déposés par l'extrême droite, craignant que cela ralentisse les débats et empêche certaines de leurs mesures d'être adoptées avant minuit, le moment on se termine ladite "niche parlementaire".

Mardi, Mathilde Panot a cité la deuxième proposition de loi de LFI de l'ordre du jour, visant à une égalité du service public postal entre les Outre-mer et l'Hexagone, mais surtout la troisième: celle portant sur la nationalisation en France de l'aciériste ArcelorMittal, qui a annoncé un plan social en avril prévoyant de supprimer plus de 600 postes dans notre pays.

"On pourrit votre niche parlementaire"

Sur ce texte, le RN (195) et son allié de l'UDR (84) ont déposé 279 des 310 amendements. Pourtant, en commission des finances, où la nationalisation a obtenu un premier feu vert la semaine dernière grâce aux voix de la gauche, le RN ne s'était pas opposé directement à cette évolution à l'inverse de la droite et du centre, en choisissant de s'abstenir.

Le député lepéniste Matthias Renault a sous-entendu un retour du bâton pour les insoumis, écrivant ce mardi sur le réseau social X: "LFI pourrit les niches de l’UDR et du RN... On pourrit votre niche parlementaire."

Le 31 octobre dernier, le RN avait accusé la gauche de faire de l'"obstruction" lors de sa niche parlementaire - ce dont LFI se défend. Dans le même temps, Mathilde Panot et son homologue écologiste, Cyrielle Chatelain, avaient évoqué des "messages écrits" du président délégué du groupe d'extrême droite, Jean-Philippe Tanguy, les menaçant de "représailles" lors des prochaines niches parlementaires, comme l'indiquait LCP.

"Ce n’est pas une position politique de fond, c’est une posture politique de forme. En gros, ils font leurs intéressants", dénonce une source du groupe parlementaire insoumis, qui prévient toutefois: "ils jouent un jeu dangereux".

LFI met la pression sur le RN

Secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a dénoncé une démarche "hypocrite" du RN auprès de l'AFP, déclarant notamment: "Ils s'abstiennent pour faire croire qu'ils ne sont pas opposés et derrière (...), ils mettent en place une manœuvre d'obstruction."

Le syndicat invite les salariés de la sidérurgie, en grande difficulté, à manifester aux abords de l'Assemblée ce jeudi "pour appeler les députés à prendre leurs responsabilités et à protéger la sidérurgie française".

Les insoumis ont surfé sur ce rassemblement pour mettre la pression sur le RN. "Je pense que le fait que ces salariés soient présents permettra peut-être que certains se disent qu’ils doivent enlever des amendements", a glissé Mathilde Panot ce lundi sur LCP.

Aurélie Trouvé, autrice de la proposition de loi, a accusé la formation d'extrême droite de ne "pas travaille(r) pour les travailleurs", comme il le prétend mais "pour les grandes fortunes, en particulier la famille Mittal".

Commentaire similaire pour le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon: "Les députés RN qui veulent empêcher la nationalisation d'Arcelor refusent de sauver l'emploi pour ne pas faire peur au patron. C'est la ligne de Bardella qui fait du RN un parti du grand patronat", a-t-il appuyé.

Les insoumis ont aussi cité à plusieurs reprises des sites d'ArcelorMittal menacés par le plan social de l'entreprise et situés sur des circonscriptions du RN, comme Florange, Gandrange (Moselle) ou Montataire (Oise).

"Est-ce que ces députés du Rassemblement national vont assumer jeudi cette tentative d’empêcher le vote de nationalisation d’ArcelorMittal?", a interrogé Aurélie Trouvé.

"Le RN permettra un vote sur Arcelor"

En face, le RN a tenté tant bien que mal de maintenir un équilibre, Jean-Philippe Tanguy écrivant sur X:

"Par leur attitude odieuse et leur obstruction lors de la niche RN, LFI avait empêché un vote sur la gratuité des parkings hospitaliers ou la lutte contre les frais bancaires. Le RN permettra un vote sur Arcelor mais aura donné une bonne leçon à LFI qui se croit tout permis."

Le même a également relativisé la portée de la proposition de loi des insoumis dans un autre post: "S’il était voté, ce texte symbolique irait dans les oubliettes du Sénat. Ni plus ni moins."

La chambre haute, dont la majorité est détenue par la droite et le centre, avait rejeté un texte des communistes visant lui aussi à nationaliser ArcelorMittal fin octobre

Si le temps le permet, LFI tentera de présenter cinq autres textes: sur la défiscalisation des pensions alimentaires, la gratuité des parkings d'hôpitaux publics, l'affirmation du droit du peuple palestinien à s'autodéterminer (via une proposition de résolution, NDLR), l'exonération de la contribution sociale généralisée pour les apprentis et... l'abrogation de la réforme des retraites à 64 ans.

LFI avait échoué à faire adopter cette proposition de loi lors de sa dernière niche, le bloc central faisant durer les débats jusqu'à minuit. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon espère repartir cette fois-ci avec plusieurs succès.