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L’UMP a trop de dirigeants pour prendre la bonne direction

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

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L’UMP dispose depuis dimanche d’une nouvelle direction qui compte pas moins de 20 vice-présidents. Au-delà des moqueries, vous vous intéressez à ce que révèle cet organigramme pléthorique.

Visiblement, l’UMP a moins de mal à nommer des vice-présidents qu’à élire un président ! La tentation est grande d’ironiser sur cette inflation de galons et d’épaulettes. Ce n’est même plus l’armée mexicaine, c’est la direction du PC chinois (avec lequel, rappelons-le, l’UMP a conclu un partenariat…). C’est la conséquence du duel Copé-Fillon : chacun a exigé de placer ses fidèles ; donc il a fallu doubler les postes-clé – et pour ne mécontenter personne, tous les courants ont un représentant à la direction. Résultat : il y a tant de monde au sommet de l’organisation qu’on risque d’atteindre des sommets dans la désorganisation. C’est l’image d’un parti qui part… dans toutes les directions !

Après tout ce qui s’est passé, ne peut-on pas penser aussi que c’est Jean-François Copé qui s’efforce de diviser pour mieux régner ?

C’est une lecture possible : Copé a été caricaturé en pirate, mais le machiavélisme ne lui est pas étranger – et il est vrai que, malgré tout, c’est lui qui tient les commandes de l’UMP. Cela dit, la nécessité de représenter toutes les tendances, sous-tendances et minorités plus ou moins agissantes est aussi révélatrice du désarroi de ce parti. Huit mois après la défaite, l’UMP est en déficit financier et intellectuel. Ses 2 principaux chefs ont perdu beaucoup de leur crédit et ce parti n’a pas fait émerger une idée neuve. Au point que dans le débat sur le mariage gay, son meilleur contre-argument est le projet d’union civile que Nicolas Sarkozy avait promis… et qu’il n’a jamais fait.

Le débat sur le mariage homosexuel ; n’est-ce pas justement un sujet qui a permis à l’UMP de refaire son unité ?

Pas autant que Jean-François Copé l’aurait souhaité. D’abord, l’UMP s’est fait déborder par les organisateurs des manifs anti mariage, qui ont fédéré un mouvement apolitique – et que François Hollande s’est fait un malin plaisir de recevoir. Surtout, les débats à l’Assemblée montrent une UMP moins mobilisée qu’on l’aurait cru. Samedi, pour le vote du fameux article 1er (qui autorise le mariage homosexuel), sur 196 députés UMP, seuls 99 ont voté. C’est l’expression soit d’un désintérêt, soit d’un défaitisme ou peut-être même, chez certains, d’une opposition à la réforme moins catégorique qu’il n’y paraît. En tout cas, ce n’est pas le signe d’un parti en ordre de bataille.

Jean-François Copé s’est fixé comme objectif les municipales de 2014. Est-ce que cette perspective peut l’aider à rassembler ses troupes ?

C’est son scénario idéal. Sauf qu’avant cela, il doit organiser des primaires dans les grandes villes où l’UMP n’a pas de leader incontesté. Avec le risque que le duel Copé-Fillon se répercute dans beaucoup d’endroits – à Paris, Lyon et Marseille, on peut déjà craindre le pire… Puis il y aura le 2è vote pour la présidence de l’UMP, prévu pour septembre – certainement avec Copé, sans Fillon, peut-être avec d’autres… Et puis la préparation des primaires de 2016. Tous ces scrutins internes poussent mécaniquement à la division – plutôt qu’au rassemblement contre le gouvernement et la majorité. Avec la campagne électorale sans fin qui s’annonce, l’UMP risque d’être un parti essentiellement préoccupé de lui-même – ni concentré, ni recentré mais… autocentré.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mardi 5 février.