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« Kader Arif, non, Kader ne part pas, et reste... »

BFM Jean-François Achilli
Les Coulisses de la Politique, de Jean-François Achilli, du lundi au vendredi à 7h20 sur RMC

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Kader Arif aurait-il dû démissionner ? Le ministre délégué à la Défense a commis une terrible gaffe jeudi matin sur un sujet hautement sensible, celui des otages, en annonçant à tort leur libération. Comment a réagi l'Élysée ?

« Faute vénielle », déclarait jeudi l’entourage du président, en ajoutant sans conviction : « ce n’est pas lui qu’il faut accabler, mais les médias qui ont repris les infos sans les vérifier », comme pour désamorcer cette bourde monumentale. Alors, démission ? Il s’agit tout de même de sept otages dont quatre enfants. Réponse d’un proche du chef de l’Etat, avec un haussement d’épaules: « Kader Arif, non, Kader ne part pas, et reste au gouvernement ». Autre brin d’ironie, de la part d’un ministre de premier rang : son collègue aux anciens combattants a fait preuve de « trop d’enthousiasme ».

Mais que s’est-il passé au juste jeudi matin à l’Assemblée nationale ?

Les faits sont simples : 9h31, l’AFP annonce la nouvelle de la libération des otages sur la foi d’une source militaire camerounaise. L’info démarre aussitôt en boucle sur les chaines d’info. Problème : ni l’Elysée, ni le quai d’Orsay ne confirme. Mais Kader Arif prend la parole à l’Assemblée à 10h pour claironner la nouvelle. Le ministre délégué aux anciens combattants se fait applaudir par les députés. Hélas, il n’y a pas d’eau dans la source camerounaise en question.

Le rappel à l’ordre tombe dans les minutes qui suivent

L’Elysée appelle l’imprudent. La soufflante est sévère. « Il faut rectifier ça tout de suite », ordonne en substance Pierre René Lemas, le secrétaire général de l’Elysée. 10h30, une demi-heure plus tard donc, Kader Arif reprend la parole pour démentir sa propre annonce. Le pire cauchemar de sa vie politique. « Le mieux est de travailler dans la discrétion », assènera François Hollande en fin de journée. 

Comment expliquer qu’un ministre délégué puisse faire une telle annonce, à partir d’une simple dépêche d’agence de presse ?

Cela s’appelle de la légèreté, de l’amateurisme : sur un sujet aussi sensible, seuls l’Elysée, voire Matignon et le Quai d’Orsay ont la main. « Certainement pas la Défense, et encore moins son sous-ministre », se désolait un conseiller hier soir. Kader Arif est l’un de ces membres du gouvernement éternellement dans l’ombre, à la recherche du quart d’heure de célébrité.

Et pourquoi n’est-il pas viré ?

Pour plusieurs raisons. Laurent Fabius, homme d’expérience, avait gaffé en début de semaine en annonçant les prévisions de croissance à la baisse, sans être inquiété. Et puis, Kader Ariv est un fidèle, un ami de François Hollande depuis les années Solferino. Enfin, le virer à ce moment, en provoquant une crise gouvernementale à Paris sur la question des otages, aurait été un formidable cadeau pour les ravisseurs. Le ministre délégué a donc le temps, explique un expert au sein du gouvernement : il prendra sans doute la porte de sortie, mais en douceur, au premier remaniement.

Ecoutez ici les Coulisses de la Politique de Jean-François Achilli de ce vendredi 22 février.

Jean-François Achilli|||

Directeur de la Rédaction de RMC et éditorialiste RMC/BFMTV

Il intègre la rédaction de France Inter en 1998, puis le service politique en 2000, dont il prend la direction en septembre 2008. Il rejoint RMC en décembre 2012 comme directeur de la rédaction et éditorialiste RMC/BFMTV.

>> Suivez-le sur Twitter @jfachilli et sur son blog.