Jean-Marc Ayrault a un (gros) problème de compétitivité

Hervé Gattegno - -
Si le char de l’Etat se conduit comme une voiture, Jean-Marc Ayrault a raison de ralentir avant les virages. De fait, c’est une épingle à cheveux qui est amorcée. Il y a deux semaines, l’Elysée et Matignon organisent les fuites pour annoncer 30 milliards d’allègements de charges patronales: ce que des économistes proches de François Hollande appellent « choc de compétitivité ». Mais à l’arrivée, Jean-Marc Ayrault ne parle plus que d’une « trajectoire ». Si trajectoire il y a, elle n’est pas rectiligne. C’est même un énième coup de volant dans la politique économique…
Est-ce vraiment le chef du gouvernement qui est responsable de ces fluctuations ? N’est-ce pas l’Elysée qui a décidé ce virage ?
Forcément mais on vient à se demander s’il n’y a pas, pour la 1ère fois, un désaccord entre l’Elysée et Matignon sur cette question – comme si François Hollande répondait au lamento des patrons alors que Jean-Marc Ayrault veut défendre le pouvoir d’achat des salariés. François Hollande est de toute façon difficile à suivre : il a fait campagne en minimisant le sujet de la compétitivité, puis en fait une « priorité ». A présent, Jean-Marc Ayrault explique qu’il faut d’abord encourager la recherche et l’investissement. Il a raison mais toute cette confusion s’ajoute à son manque d’autorité pour donner le sentiment d’un gouvernement qui n’est pas très compétitif…
On l’a quand-même entendu lundi recadrer très sèchement Vincent Peillon sur la dépénalisation du cannabis…
C’est vrai. Il faut dire que Vincent Peillon s’était surpassé. Que le ministre de l’Education se dise favorable à la dépénalisation du cannabis, c’est comme si le ministre de la défense était pour le désarmement ! Le fait est que ça a donné une occasion inespérée à Jean-Marc Ayrault de froncer les sourcils. Il a dû le faire avec d’autant plus de plaisir que Peillon fait partie (avec Valls, Moscovici et Le Foll) de ces ministres hollandistes qui bafouent ouvertement son autorité – et on croit comprendre que le Premier ministre commence à en avoir ras-le-bol. Cela dit, il n’a jamais été question de limoger Peillon : je rappelle que Cécile Duflot avait été encore plus loin sur la dépénalisation, que son parti était contre le traité européen et qu’elle est toujours ministre…
La question de son maintien à Matignon est-elle déjà posée, moins de 5 mois après sa nomination ?
C’est politiquement inenvisageable mais une question institutionnelle est posée : quel rôle François Hollande veut-il réellement voir jouer à son Premier ministre ? S’il voulait sincèrement un rééquilibrage au sein de l’exécutif, il devait choisir une personnalité plus forte, qui l’aide à élargir et à solidifier sa majorité – comme Mitterrand avec Mauroy, Giscard avec Chirac. En nommant Ayrault, Hollande a préféré un 1er ministre de confort plutôt que de renfort. Mais du coup, il ne peut ni revendiquer une autonomie réelle à Matignon, ni servir de bouclier au président. Le défaut de compétitivité de Jean-MarcM Ayrault est surtout un problème de complémentarité avec François Hollande.
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