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Il est interdit d’interdire

BFM Christophe Jakubyszyn
Il est interdit d'interdire

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Fallait-il publier des caricatures ? Faut-il en parallèle autoriser les manifestations ? La classe politique se divise sur ces questions.

La liberté est au cœur des débats de ces dernières 24 heures. Remarquez, ça fait du bien de se poser de temps en temps des questions de fond. Et ce qui est intéressant, c’est qu’on n’est plus, pour une fois, dans un débat droite/gauche. Et ça aussi ça fait du bien. Ça veut dire que chacun parle et réfléchit en son âme et conscience, sans penser aux conséquences politiques.

Commençons par le gouvernement. Qui est partagé…

Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, a jugé que, dans le « contexte » actuel, la publication de caricatures jetait « de l'huile sur le feu ». Il est ministre des Affaires étrangères, il voit les conséquences sur le terrain, notamment dans certains pays musulmans et il se dit que la sécurité de nos compatriotes est menacée. Une position forte aussitôt démentie par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. « Nous sommes dans un pays où la liberté d'expression est garantie », a déclaré le Premier ministre. Une position en défense de la liberté d’expression que Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, a aussitôt repris en affirmant que la liberté d'expression, dont la caricature fait partie, était « un droit fondamental ». Mais c’est pour aussitôt reprendre sa casquette de ministre de l’Intérieur, et pour interdire la manifestation de samedi prochain. Il a expliqué qu’il fallait être ferme contre les manifestations qui troubleraient l'ordre public.

Et à droite ?

A droite c’est pareil. Même débat et c’est plutôt réconfortant. D’un côté François Fillon, candidat à la présidence de l'UMP, ancien Premier ministre, invité de Canal+ explique qu’il est « pour la liberté d'expression totale (...) Ce qui est en train de se passer avec cette espèce d'intolérance qui monte dans une grande partie du monde et qui est instrumentalisée par des extrémistes (...), c'est une sorte de régression par rapport à l'état de la civilisation. Je défends Charlie Hebdo, je défends la liberté d'expression ».
De l’autre côté, il y a ceux qui pensent que ça va trop loin comme Brice Hortefeux (UMP) qui était l’invité de RMC mercredi matin. Il a qualifié les caricatures de Charlie Hebdo de « provocation inutile », ajoutant que « dans le climat actuel, cela ne servait à rien, on doit respecter finalement les croyances des uns et des autres ».
Mais aussi, et c’est plus inattendu, Rama Yade, ancienne ministre des Droits de l’Homme : « Si la liberté de la presse est un « droit inébranlable », là je pense que c'est la Une de trop. On sent que ça a été fait dans un objectif de provocation ».

Alors la liberté jusqu’où ?

C’est une bonne question. Une remarque ce matin : Il y aurait certainement une plus grande cohérence à respecter nos deux libertés fondamentales que sont la liberté d’expression et la liberté de manifester. Bien sûr, dans le respect de la loi : pas d’incitation à la haine raciale, pas d’antisémitisme. Les tribunaux sont là pour ça. On a interdit la manif de samedi prochain. Il faut que la préfecture explique pourquoi : absence d’organisateur, absence d’expérience de la part des associations, lieu de manifestation inappropriés, etc. Mais il faut là encore que cette décision puisse faire l’objet d’une contestation devant un tribunal et qu’elle finisse sans doute par être autorisée lorsque toutes les conditions seront remplies. « Il est interdit d’interdire »… Ce slogan de mai 68 reste d’actualité et sujet de débat

Pour écouter les Coulisses de la Politique de Christophe Jakubyszyn du jeudi 20 septembre, cliquez ici.