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Hollande, la Corrèze avant le Zambèze... et le malaise

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

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L’événement de ce week-end, c’était la visite de F. Hollande en Afrique, avec deux étapes à Dakar puis à Kinshasa pour le sommet de la francophonie. Bilan mitigé...

La formule (du photographe Raymond Cartier), « La Corrèze avant le Zambèze », consistait à dénoncer les excès de l’aide au développement. C’était un refus du colonialisme qui était moins éthique qu’égoïste. Bien sûr, on ne va pas accuser F. Hollande de se désintéresser de l’Afrique au moment où il en revient. Mais la tonalité de son discours n’a pas été aussi nette que ses conseillers l’avaient annoncé. Sa prudence (toute corrézienne) a déçu ceux qui attendaient une nouvelle politique africaine de la France. François Hollande ne veut plus de « domaine réservé » – mais voilà un domaine de plus où il se montre bien… réservé.

A Dakar, il a quand même appelé explicitement à la fin de ce qu’on appelle la « Françafrique » et de ses réseaux occultes...

Tout le monde a compris que son discours de vendredi devait être l’antithèse du fameux discours de Dakar de Nicolas Sarkozy en 2007. A l’arrivée, il a été aussi médiocre que le précédent ; moins grandiloquent mais pas vraiment en rupture sur le fond. La fin de la Françafrique, Nicolas Sarkozy aussi l’avait promise. Et aussi Chirac et plus encore Mitterrand. Mais l’histoire retient que le 1er président socialiste a vite trahi les idéaux tiers-mondiste qu’il brandissait. François Hollande doit donc faire oublier Sarkozy, mais aussi Mitterrand. Et des mots n’y suffiront pas. Pour l’instant, quoi qu’on ait entendu ce week-end, il y a toujours une cellule Afrique à l’Elysée. On ne sait pas à quoi elle sert.

Peut-on au moins porter au crédit de François Hollande d’avoir parlé des droits de l’homme et de la démocratie en RDC, devant le président Kabila ?

Oui. C’était bien le moins de défendre ces valeurs-là au nom de la France et on ne peut pas dire qu’il l’ait fait en termes sévères – la visite en RDC avait aussi un arrière-plan économique... Disons qu’il a bien fait, mais c’était le service minimum. Il n’empêche que tout ça ne fait pas une politique africaine très lisible. Entre l’exigence de démocratie formulée à Kinshasa et le partenariat sans ingérence promis à Dakar, on voit mal la cohérence. Surtout qu’en même temps, François Hollande milite pour une intervention armée au Mali, contre Al Qaeda. On y perd un peu son latin – dans un sommet de la francophonie, c’est gênant.

A ce propos, l’admission du Qatar comme « membre associé » de l’Organisation internationale de la francophonie, est-ce une erreur ?

Au moins un sujet de malaise de plus. Le Qatar ne fait pas qu’investir dans nos banlieues : il finance aussi des écoles coraniques dans toute l’Afrique de l’Ouest, qui rognent peu à peu l’influence des écoles francophones. Il a aussi des liens avérés avec des groupes salafistes. Le comble : c’est un pays où l’on ne parle pas le français ! Sans doute que c’est un pays trop riche pour qu’on lui parle, à Paris ou ailleurs, le langage de la fermeté.

Pour écouter le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 15 octobre, cliquez ici.