Hollande doit remplir le vide

Hervé Gattegno - -
Il est clair que François Hollande n’a pas réussi ses débuts. Ses quatre mois au pouvoir laissent une impression de légèreté et d’impréparation qui ont surpris même ceux qui ne croyaient pas en lui. Cela dit, son problème n’est pas tant d’obtenir des résultats rapides que de prendre des décisions urgentes. Les Français savent qu’il ne peut pas résorber le chômage en quelques semaines. Mais ils ont besoin de savoir qu’il s’y emploie et que ce qu’il fait va dans le bon sens. Au doute qui s’installe, l’Elysée a l’air de vouloir répondre par une « accélération ». En réalité, ce qui fait défaut dans la politique de François Hollande, ce n’est pas son rythme mais son contenu : il ne manque pas de vitesse, mais de vision.
Après son discours de Châlons-en-Champagne, la semaine dernière, beaucoup d’observateurs ont annoncé la fin de la « présidence normale »…
Avoir dit que la crise est très grave, c’était la moindre des lucidités. Mais cela ne suppose pas un changement de style. Sa « normalité » est ce que François Hollande a de plus précieux. Seulement il s’est piégé lui-même en essayant d’en faire une martingale : il s’est enfermé dans une question de forme et il a négligé le fond. Le fait de réduire son salaire n’a pas amélioré le pouvoir d’achat des Français. En réalité, personne ne demande à François Hollande d’arrêter de prendre le train ni de surréagir à chaque incident, mais d’être à la tête du combat contre le chômage et la récession. Les Français apprécient une présidence apaisée, ils ne veulent pas d’une présidence assoupie. Nuance.
François Hollande et le gouvernement se sont-ils un peu endormis ? « On se réveille », c’était d’ailleurs un titre récent du « Point »…
Endormis oui, au moins sur leurs lauriers. Les absences de l’été, quoi qu’ils en disent, ont aggravé la sensation d’indolence au moment où l’économie se détériorait. Et ce qui est encore plus inquiétant pour François Hollande, c’est qu’une partie de la gauche lui reproche maintenant une sorte de continuité avec Nicolas Sarkozy – sur le traité européen, les déficits, la sécurité, les Roms. C’est la logique de l’alternance qui revient en boomerang. Les Français ont voté pour un changement de politique, pas seulement pour un changement de personnes et de style.
Quels signes principaux faut-il attendre de l’interview de dimanche ?
François Hollande ne peut pas venir à la télévision sans au moins une annonce forte – ce sera probablement la hausse de la CSG, dont on peut penser qu’elle est dans les tiroirs depuis le début. Surtout, avec la révision à la baisse de la prévision de croissance, il doit trancher entre des promesses qu’il ne pourra pas tenir et des décisions qui s’imposent mais qu’il n’avait pas promises. Donc il n’a – déjà – plus le choix qu’entre deux mauvaises solutions : soit il s’obstine et il verse dans l’irréalisme ; soit il évolue et il sera dans le reniement. Dimanche, ce sera peut-être un tournant. On attend au moins une ligne.
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