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Eviction de Montebourg: "Fais attention..." avait prévenu Valls

BFM Samuel Auffray
Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon le 27 novembre 2013 à Madrid

Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon le 27 novembre 2013 à Madrid - Gérard Julien - AFP

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Dans un livre à paraître début 2015, le journaliste Jean-Pierre Bédeï revient sur les coulisses des remaniements ministériels. Et notamment le dernier en date, à l'été 2014,  provoqué par les frasques d'Arnaud Montebourg et raconté par Manuel Valls.

Arnaud Montebourg et Benoît Hamon avaient déjà évoqué sur leur départ du gouvernement fin août 2014. Mais pour la première fois Manuel Valls livre son sentiment sur l’éviction de deux alliés qui lui avaient permis de remplacer Jean-Marc Ayrault à Matignon. "Benoît a compris de lui-même qu’il devait partir. Nous sommes très vite tombés d’accord. (…) Il était très triste et j’étais triste pour lui" qu'il ne puisse assurer la rentrée scolaire, raconte le Premier ministre dans le livre du journaliste Jean-Pierre Bédéï, Sur proposition du Premier ministre… (L’Archipel), à paraître en janvier 2015.

L’entrevue avec Arnaud Montebourg en ce 26 août fut… différente. Mais pas tendue. "Il était joyeux, il chantait, il parlait anglais pour donner le change", explique Manuel Valls dans l’ouvrage, dont Le Lab publie ces extraits. Selon d'autres sources pourtant, Montebourg aurait alors jeté à Valls: "Tu vas couler comme Hollande"!

"Fais attention à ce que tu diras à Frangy, dimanche"

Aujourd’hui étudiant en économie avant de monter son entreprise, Arnaud Montebourg venait de passer un excellent week-end à Frangy-en-Bresse, à la fête de la Rose où il avait réuni l’ensemble de ses soutiens locaux et parmi eux un certain Thomas Thévenoud, rattrapé depuis par sa "phobie administrative". Devant ses amis (et de nombreuses caméras) le trublion du gouvernement avait assuré le show, quitte à forcer le trait.

Manuel Valls l’avait d’ailleurs mis en garde: "Fais attention à ce que tu diras à Frangy, dimanche. S’il s’agit d’appeler à une réorientation des politiques en Europe, pas de problème, mais attention à ne pas aller trop loin par ailleurs."

La "cuvée du Redressement" à Hollande

Problème, Arnaud Montebourg, bras dessus bras dessous avec Benoît Hamon va trop loin et ironise alors sur le président de la République François Hollande à qui il propose tout sourire d’envoyer "une caisse de la cuvée du Redressement", le nectar dégusté par les convives du jour. "Lorsque j’ai vu la séquence, explique Manuel Valls à Jean-Pierre Bédéï dans Sur proposition du Premier ministre…, en mon for intérieur j’ai compris que ça n’allait pas durer".

Après de rapides discussions entre cadre du PS la décision est prise, en effet, que "ça ne peut plus durer". Dès le lendemain matin Arnaud Montebourg et Benoît Hamon sont reçus par Manuel Valls à Matignon et se voient signifier leur congé du gouvernement. C'est la fin de "l'axe d'ambitions sans fondement idéologique". La salve est signée de Jean-Marc Ayrault. 

"un couloir de la mort"

Dans Sur proposition du Premier ministre…, Jean-Pierre Bédéï raconte les tensions qui émaillent chaque remaniement ministériels. De Nicolas Sarkozy frileux à trancher sur le cas Fillon en 2010 en passant par Lionel Jospin qui jugeait que les décisions devaient être prises sans consultation et annoncées de manière abrupte. "C'est un couloir de la mort" résume l'ancienne ministre Roselyne Bachelot.