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F. Amara : « On va coacher les jeunes »

BFM La rédaction-Bourdin & Co
Fadela Amara présente son plan "anti-glandouille"

Fadela Amara présente son plan "anti-glandouille" - -

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La secrétaire d’État chargée de la Politique de la Ville, commente avec ardeur l’actualité de la semaine et présente son plan « anti-glandouille » pour les banlieues.

J-J B : C’est l’une de vos premières grosses émissions depuis que vous êtes Secrétaire d’État. J’ai deux ou trois questions d’actualité avant celles sur la politique de la Ville. Première question, que pensez vous des tests ADN pour le regroupement familial ? Vous y êtes favorable ou pas ?

F A : Non je n’y suis pas favorable à ce test parce que je pense que ça jette un peu la suspicion et le doute sur les candidats à l’immigration. C’est particulier comme manière de considérer les personnes qui veulent venir chez nous. Je ne suis pas favorable à ce test là.

J-J B : Est-ce que vous pensez que le Gouvernement va soutenir cet amendement de Thierry Mariani ?

F A : Très franchement je ne l’espère pas. Si ça se fait, ce serait un peu dommage.

J-J B : Pourquoi ? Parce que c’est une attaque portée à la dignité de ceux qui sont en France et qui veulent faire venir leur famille ?

F A : Il y a un peu de ça. Mais surtout, c’est cette manière qu’on a d’appréhender les candidats à l’immigration. Je pense qu’il faut penser autrement. Évidemment il y a des fraudes, il faut être lucide, il faut se dire la vérité. Mais il faut en même temps faire attention à ceux qui ont réellement envie de venir chez nous pour rejoindre leur famille. Je pense qu’il faut faire attention, il faut respecter la dignité humaine.

J-J B : Vous faites le ramadan ?

F A : Je ne répondrai pas à cette question. C’est de l’ordre privé.

J-J B : Doit on toucher ou non à la loi SRU (ndlr : loi de Solidarité et Renouvellement Urbains qui fixe un pourcentage de 20% de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants) ?

F A : Normalement on n’y touchera pas mais on va tout faire pour que ça marche et qu‘on arrive à ces 20% de constructions de logements sociaux.

J-J B : Pourquoi n’y touche-t-on pas ?

F A : C’est la volonté de Mme Boutin et je pense qu’elle a tout à fait raison. D’abord parce que c’est très compliqué, ça a été déjà suffisamment difficile de la faire passer. Je crois que ça ne sert à rien de la remettre sur le tapis pour entrer à nouveau dans des débats houleux. Je crois qu’il y a une ligne qui a été fixée par la loi ; il faut tendre à ce que ça marche et qu’on obtienne cet objectif. Je connais un peu Christine Boutin et je sais qu’elle a une détermination extraordinaire. Je suis convaincue qu’elle va convaincre les maires, quelle que soit leur tendance politique, de construire des logements sociaux.

J-J B : Mais les administrés n’ont bien souvent pas envie de voir arriver des logements sociaux… Il faut faire quoi, alourdir les amendes ?

F A : J’étais pour qu’on enlève ce petit article qui permettrait d’atteindre l’objectif. Mais si on doit passez par ce cap d’alourdir les amendes, alors pourquoi pas. Mais je pense qu’il faut d’abord essayer de convaincre les gens, il faut commencer par parier sur l’intelligence des gens.

J-J B : Vous avez vu la décision prise concernant Georges Frêche (ndlr : relaxé en appel, le président de la région Languedoc-Roussillon était poursuivi pour injure raciale après avoir traité des harkis de "sous-hommes"). Regrettez vous que ses propos ne soient pas condamnés ? 

F A : Je regrette que dans mon pays, on laisse passer ce genre de choses. Je ne commande pas la décision de justice, mais je regrette qu’un homme politique laisse échapper ce type de propos, assez blessants pour amener des gens à porter plainte. Quand on est un homme ou une femme politique, je crois qu’il faut faire très attention à la manière dont on s’exprime. Parce que là, pour le coup, dire à des personnes que ce sont des sous-hommes, c’est un peu particulier comme langage. Mais ceci dit, je ne pense pas que ce soit la première fois que M. Frêche tienne des propos tendancieux.

J-J B : Vous êtes d’accord avec l’immigration choisie ?

F A : Franchement ça ne m’a pas paru énorme, puisque ça a toujours existé de choisir les gens qu’on souhaite faire venir ou non dans notre pays. Ce n’est pas la peine de se raconter d’histoires.

J-J B : Regardons un peu la politique de la ville et notamment les banlieues. Vous n’avez pas mâché vos mots, vous avez prévenu « j’appliquerais la tolérance 0 pour la glandouille ». Mais qui sont les glandouillards ?

F A : Ce n’est pas dans ce sens-là qu’il faut comprendre, je ne fais pas de la chasse aux sorcières. Ce que je constate concrètement c’est que dans les quartiers il y a beaucoup trop de jeunes qui sont en situation de déserrance. 40 à 42% de chômage dans certaines cités chez les jeunes, c’est beaucoup trop ! Il faut qu’on soit capable de mettre en place des dispositifs qui fassent reculer justement ce type de situations. La glandouille, c’est le jeune qui s’ennuie dans sa cage d’escalier et qui un jour, malheureusement, peut être entraîner ou basculer du mauvais coté et faire des bêtises. Je crois qu’il faut casser ce processus. Comme partout, dans les banlieues il y a plusieurs profils : il y a les jeunes qui ont des diplômes mais qui ne trouvent pas d’emploi à cause de la discrimination. Ceux-là ont vraiment envie mais n’y arrivent pas. Il faut leur donner un coup de main. Il y a ensuite ceux qui n’ont pas de qualification. C’est plus compliqué pour ces jeunes-là mais l’objectif à atteindre est de limiter le nombre de jeunes qui traînent en bas de chez eux. L’idée est de faire en sorte qu’ils soient dans un stage, une formation qualifiante ou un travail directement. Dans ce plan, il y aura un dispositif mis en place : une prise en charge du début à la fin, avec au final, un contrat de travail. J’ai toujours été militante et je rêve qu’un jour, dans ce pays, tous les jeunes aient accès à un emploi direct et il faut se battre pour ça.

J-J B : Que faut il faire pour aider ces jeunes ?

F A : Il faut les conseiller, les accompagner, faire du coaching. Et ça fait partie du Plan de banlieue qui va être mis en place. Ce sont des professionnels qui vont les coacher. Des gens extraordinaires capables de permettre à des jeunes d’être présentables.

J-J B : Concrètement un jeune de quartier qui cherche du travail va se présenter dans une entreprise, rencontrer des conseillers qui vont l’orienter et lui dire ce qu’il faut faire, ce qu’il faut dire et comment il faut se présenter…

F A : Pas pour tous les jeunes. Pour ceux qui en ont besoin, qui sont en situation problématique. Ce sont des associations qui s’occupent spécifiquement des jeunes et de leurs problèmes. A la fois sur leur manière de parler, sur le comportement, sur la tenue vestimentaire… Pour qu’une fois passés par ce processus, au bout de la chaîne, ils soient capables de se vendre. Pour qu’ils reprennent confiances en eux et qu’ils puissent ensuite se présenter correctement et obtenir un emploi.

J-J B : Vous plaidez pour qu’il y ait une journée du respect par an.

F A : Oui, je souhaiterais, à l’identique de la fête de la musique, qu’on crée une journée qui soit la fête du respect. On va choisir une date avec le ministre de l’Éducation Nationale pour une journée que l’on va cibler sur le respect.

J-J B : Vous avez toujours des liens avec l’association Ni putes ni soumises ?

F A : Oui, je regarde de près ce qu’ils font. Je suis toujours très attachée, ce combat n’est pas fini et il me tient toujours à cœur, évidemment.

J-J B : Comment êtes vous reçue dans les banlieues?

F A : Contrairement à ce que les gens pensent, je suis très bien reçue. Je suis très contente parce qu’au début je craignais un peu l’accueil… Mais en fait, quelque chose a changé et j’en suis très fière. Il y a eu un vote et, dans les quartiers, ce vote est respecté. On a eu un rendez vous électoral très important.

J-J B : Vous avez voté Sarkozy ? 

F A : Non j’ai voté Ségolène Royal et tout le monde le sait, y compris le Président. C’est ce qui est intéressant : ce monsieur en question ne demande pas, contrairement à ce que l’on pense, que l’on rejoigne l’UMP. Il ne m’a pas demandé de changer ou de modifier ma façon de parler, il respecte qui je suis.