En sauvant Petroplus, l’Etat ne ferait que son devoir

Hervé Gattegno - -
La question n’est pas idéologique : il ne s’agit pas de savoir si l’économie doit être étatisée ou libérale ; mais concrètement, de dire si l’Etat peut – et doit – intervenir pour éviter qu’une usine ferme même si elle n’est pas rentable. En vérité, c’est une nécessité économique, morale et politique. Le gouvernement ne peut pas laisser des emplois disparaître sans réagir s’il veut incarner une politique crédible face au chômage ; les citoyens ne peuvent admettre qu’on ne secoure pas l’industrie autant que les banques; enfin, le redressement industriel est un investissement qui peut produire des effets politiques. C’est peut-être pour cela qu’on a créé un ministère du Redressement productif…
Le ministre, justement, Arnaud Montebourg, est souvent accusé d’agiter de faux espoirs. Est-ce que cette fois encore, il n’est pas condamné à décevoir ?
On peut faire bien des reproches à Montebourg mais il est combatif. C’est un avocat : il donne plus dans les effets de manches qu’il ne baisse les bras. Dans ce gouvernement, il a la mission la plus difficile : incarner un espoir. Pour les salariés, mais aussi pour les entrepreneurs prêts à risquer une aventure industrielle. Le comble, c’est qu’on lui reproche d’entretenir cette flamme au motif que parfois, trop souvent bien sûr, elle finit par s’éteindre. Même s’il n’y arrive qu’une fois sur dix, il est utile. Et à Petroplus comme à Florange, ce ne sont pas les salariés qui lui reprochent de s’agiter.
A Florange, il plaidait pour la nationalisation ; cette fois, il propose une participation minoritaire de l’Etat. Ça veut dire qu’il a modéré ses ardeurs, qu’il est devenu raisonnable ?
Plus modéré sur la forme, tout ceux qui l’ont vu sur France 2 il y a 15 jours l’ont constaté – même ceux qui le trouvent horripilant ont été déçus : il n’a attaqué personne ! Sur le fond, sa ligne n’a pas changé. Il veut mobiliser les moyens de l’Etat (financiers, humains, logistiques, politiques) pour dissuader des patrons de fermer leurs sites, en persuader d’autres d’investir dans des projets. A Florange, sa position a été caricaturée par idéologie: ce n’était pas une nationalisation au sens propre – l’Etat n’allait pas faire de l’acier ! – mais d’une expropriation de Mittal pour revendre l’usine à un repreneur. Le cas Petroplus n’a rien à voir : la raffinerie est fermée, c’est la justice qui tranchera entre les repreneurs ou la liquidation.
Et si en définitive, la liquidation est prononcée, est-ce qu’on ne pourra pas considérer que Arnaud Montebourg a perdu une nouvelle bataille ?
Sans doute mais il y a une autre différence avec Florange : cette fois, le gouvernement fait bloc autour de lui. On sait pourquoi : après l’épisode de Florange, c’est Montebourg qui a fait une percée dans l’opinion. Donc il prend des risques et des coups – mais il prend aussi des points. S’il échoue à Petroplus, on lui fera quand-même crédit d’avoir tout tenté. Parce qu’en réalité, son opposition avec Jean-Marc Ayrault (qui demeure, même s’ils font semblant), ce n’est pas un choc entre l’idéalisme et le réalisme, mais une bataille entre le volontarisme et le fatalisme.
Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 8 février.












