Peter Hartz, l'homme qui effraie la gauche

Peter Hartz, ici en 2005, a rendu visite à François Hollande il ya deux mois. Une visite qui sème le trouble au sein de la gauche. - -
Peter Hartz sera-t-il le nouveau conseiller politique de François Hollande? Officiellement, non: le conseiller du président de la République Aquilino Morelle a admis qu'une rencontre entre le président et cet ancien proche de Gerhard Schröder avait bien eu lieu. "François Hollande l'a reçu il y a deux mois à sa demande pour un entretien informel d'une heure et pour l'inviter à un colloque", explique-t-il, avant d'ajouter: "je démens qu'il soit son conseiller ou soit amené à le devenir".
Une affirmation qui pourrait donc passer pour un démenti formel, si Jean-Marc Ayrault n’avait pas esquivé la question mardi. Quant au ministre de l’emploi, Michel Sapin, il n’a ni confirmé, ni infirmé la nouvelle, annoncée par un quotidien régional allemand. Sur France Inter, il s’est contenté de confirmer l’avoir "croisé à des colloques", tout en avançant "je ne crois pas qu’il soit le nouveau conseiller de François Hollande. (…) Mais qu’on l’écoute et qu’on parle avec lui, c’est la moindre des choses".
"Hartz est épouvantable!", s'écrie Mélenchon
Conseiller ou pas, la seule présence de Peter Hartz à l’Elysée est accueillie avec méfiance à gauche. "Il est épouvantable!", s'es exclamé Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV. "Avec lui, si vous refusez un emploi même à un euro, vous ne touchez plus d'allocations. Ils [l’Elysée] viennent de démentir mais à mon avis, François Hollande n’a pas besoin de le consulter (…) la politique de François Hollande est complétement alignée à la politique du gouvernement allemand", a asséné le leader du Front de gauche.
"Rien de mieux qu'un ancien alcoolique pour nous prévenir des dangers de l'alcool", ironise de son côté Pascal Cherki, de l'aile gauche du PS.
Les syndicats non plus ne cachent pas leur agacement. Pour le numéro un de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, "prendre conseil auprès de celui qui a cassé le droit des chômeurs en Allemagne, on ne comprend plus". "Notre président de la République est souvent sous les jupons d'Angela Merkel", commente également Thierry Lepaon, de la CGT. "Il faut qu'il en sorte, il faut qu'il sorte du pacte de stabilité comme il s'y était engagé et il faut qu'il arrête de prendre des leçons ailleurs", a-t-il déclaré sur RTL.
Des réformes très controversées en Allemagne
Peter Hartz est un nom désormais chargé de symboles en Allemagne. Cet ancien proche de Gerhard Schröder est à l'origine de réformes du marché du travail allemand auxquelles il a prêté son nom. La quatrième d'entre elles, nommée "Hartz IV", consiste notamment à réduire drastiquement l'indemnisation des chômeurs longue durée, ou encore à créer pour eux des "mini jobs" payés un euro de l'heure. Des réformes très controversées, qui ont d'un côté dopé l'économie allemande et fait baisser le chômage, et de l'autre créé une réelle augmentation de la pauvreté et de la précarité en Allemagne.
En toile de fond, c'est la crainte de voir arriver un tel modèle en France qui inquiète. L'annonce de la visite de Peter Hartz intervient deux semaines après la conférence de presse de François Hollande: un évènement qui a permis au chef de l'Etat de se revendiquer pour la première fois social-démocrate, avec l'idée d'un pacte de responsabilité passé avec les entreprises. Une idée d'ailleurs fortement critiquée par la gauche du PS, qui ne cache plus son inquiétude.












