EDITO - Les 4 erreurs d'Emmanuel Macron

- - Illustration - Emmanuel Macron - TIZIANA FABI / AFP
“À un moment donné, il serait souhaitable que Jupiter descende de son nuage (ou de son vélo) pour apporter quelques explications aux Français.”
Je n’ai pas fait le compte des critiques et sarcasmes de la part des soutiens d’Emmanuel Macron que m’a valus ce tweet, posté le 21 juin dernier. Deux mois plus tard, ce qui indisposait tant les supporters – et certains proches – du président semble être devenu une évidence pour tous, jusqu’au chef de l’Etat lui-même. Il va donc prochainement s’adresser aux Français. Il était temps.
Pourquoi? A un premier niveau, la réponse est évidente : parce que sa cote de popularité s’est effondrée, et qu’elle s’est effondrée – c’est incontestablement le plus préoccupant – beaucoup plus vite que celle de ses prédécesseurs. Une évidence qui appelle de nouveau la même question : pourquoi? Parce que le président a commis, de mon point de vue, quatre erreurs dans la présentation et la mise en œuvre de son action.
1ère erreur: prendre le total contre-pied de Hollande
La première peut surprendre : il a fait tout le contraire de François Hollande.
Comment reprocher au nouveau président d’avoir pris systématiquement le contrepied de celui dont la parole, devenue si banale et pas toujours maitrisée, a tant contribué à l’échec? Seulement, voilà : Emmanuel Macron est allé trop loin. A un président qui voulait tout expliquer tout le temps a succédé un président qui n’expliquait plus rien même lorsqu’on le lui demandait.
- Emmanuel Macron a été d’autant plus pénalisé par ce silence que pendant toute cette période il nous a beaucoup donné à voir, tous les jours ou presque, en priorité sur les réseaux sociaux: Macron avec Poutine, Macron avec Trump, Macron tennisman, Macron en tenue de marin, Macron aviateur... Comment ne pas voir dans ses 26.000 euros dépensés pour son maquillage une métaphore éloquente? Un président tout occupé à nous montrer son plus joli visage, mais refusant de prendre la parole de manière substantielle et détaillée pour éclairer les Français sur la mise en place et le sens de son action.
La 2e erreur: sa lecture des institutions
La deuxième erreur d’Emmanuel Macron est une lecture très – trop – littérale des institutions de la Ve République.
"Jupiter", c’est le président qui préside, tandis que le gouvernement gouverne. A lui les grandes orientations et l’agenda diplomatique. A Edouard Philippe et son gouvernement la gestion du quotidien. Une autre raison de théoriser, puis de pratiquer la rareté de la parole présidentielle.
Là encore, ce choix lui a été dommageable.
Emmanuel Macron – personne d’autre - a été élu président de la République sur la base d’un programme clair et de mesures fortes. Le Premier ministre, longtemps au service d’un autre candidat, Alain Juppé, ne peut pas porter ce programme, l’expliquer et le mettre en œuvre avec la même capacité de conviction aux yeux des Français. Edouard Philippe le peut d’autant moins quand sa propre communication est perfectible – ce fut clairement le cas lors de son passage chez Jean-Jacques Bourdin jeudi dernier.
Le discours du président devant le Congrès le 3 juillet dernier est sans doute le meilleur exemple d’une division du travail qui, de ce point de vue, n’a pas fonctionné, ou mal. Pour ne pas marcher sur les platebandes de son premier ministre et du discours de politique générale qu’il allait prononcer le lendemain, Emmanuel Macron a beaucoup philosophé pendant plus d’une heure trente ("La réalité est plurielle. La vie est plurielle") et concentré ses annonces sur les réformes institutionnelles. Est-ce vraiment ce que les Français attendent de lui en priorité?
3e erreur : sa communication
Troisième erreur : la communication politique est à l’image de la nature. Elle a horreur du vide. Si ce n’est pas Emmanuel Macron qui met sa propre action en perspective, d’autres le font pour lui. Et ils ne s’en sont pas privés.
Certes, l’opposition est en miettes. Le parti socialiste ne sait plus où il habite, la droite est profondément divisée, le FN est en crise. Mais cela n’empêche pas les critiques de porter, surtout quand le président se refuse à répondre. Jean-Luc Mélenchon l’a parfaitement compris et sait en user.
- Et en face? Emmanuel Macron est victime de son succès. Il a dynamité la classe politique. Résultat : au gouvernement, à l’exception de l’Intérieur avec Gérard Collomb, aucun ministère de premier plan n’est occupé par un compagnon de route du président depuis le début de l’aventure En Marche. Dans la majorité, pléthore de nouveaux visages, et c’est très bien, mais là aussi les relais puissants pour porter efficacement la parole présidentielle manquent cruellement. Le chef de l’Etat s’en trouve d’autant plus exposé.
4e erreur: son absence dans l'arène
La quatrième erreur est la conséquence des précédentes: le président a laissé le début du récit de son quinquennat se mettre en place sans lui, et il lui est clairement défavorable.
Au lieu de la contester arguments à l’appui, Emmanuel Macron a laissé s’installer l’idée qu’il est le président de la France qui va bien, des Français à l’abri du besoin et à l’aise dans la mondialisation. Etre plus précis sur le calendrier d’augmentation de la CSG que sur celui de sa compensation, laisser annoncer la baisse de 5 euros de l’APL ont été des erreurs majeures.
On devine évidemment les objections des supporters du président : Fallait-il qu’il fasse comme François Hollande? S’il avait répondu à toutes les sollicitations des journalistes et parlé chaque jour à tort et à travers, sa cote de popularité serait-elle meilleure aujourd’hui?
Non, évidemment. Emmanuel Macron a raison de penser que la parole présidentielle doit être plus rare qu’elle ne l’a été par le passé, d’insister sur le fait que le temps long est la bonne mesure du succès d’un projet présidentiel. Et "en même temps", sert-il vraiment ce credo avec la multiplication des coups de com?
Mais, surtout, c’est à lui – et à personne d’autre – qu’il revient de rendre des comptes, clairement et régulièrement, sur l’avancée de ce projet. A cet effort de pédagogie, il aurait pu par exemple se livrer à la fin de la session parlementaire. Parfois chaotique sous la gestion d’une majorité inexpérimentée, elle s’est néanmoins achevée après le vote de deux textes emblématiques: l’habilitation à réformer le code du travail par ordonnances, la moralisation de la vie politique.
Il aura fallu une très brutale dégringolade dans les sondages pour amener le président de la République à regarder cette réalité, pour ne pas dire cette évidence, en face: le seul à pouvoir véritablement expliquer aux Français le sens et l’avancée de son quinquennat, c’est lui.












