Dans les coulisses du quinquennat Hollande

"Jamais je n'aurais pu imaginer un tel déferlement d'épreuves (...) Dès que je tentais de quitter Paris pour me reposer, une catastrophe survenait". Dans un livre qui sort ce jeudi, La politique est un sport de combat, Gaspard Gantzer, l'ancien conseiller en communication de François Hollande, décrit le quinquennat précédent comme une exténuante série d'épreuves. Dans cet ouvrage, dont nos confrères du Monde et de Franceinfo ont lu les bonnes feuilles, il livre la chronique du pouvoir d'avril 2014 à mai 2017, jusqu'au dernier jour du mandat de l'ancien président.
S'il salue la manière dont le chef de l'Etat a géré les attentats et loue son courage, il dépeint aussi un président dépassé par les événements, voire aveuglé, et incapable de trancher entre les deux hommes forts de son gouvernement: Emmanuel Macron, secrétaire général adjoint de l'Elysée puis ministre de l'Economie, et Manuel Valls, ministre de l'Intérieur puis locataire de Matignon.
"Tu devrais t'en méfier", lâche Sarkozy à propos de Macron
L'ancien conseiller raconte avoir été surpris par le choix d'Emmanuel Macron pour Bercy, où il arrive en août 2014. D'abord réticent, François Hollande aurait vu dans sa nomination "une opportunité pour faire un coup de communication: le moyen de faire un contre-feu en concentrant le regard des médias sur le jeune homme et non sur la sortie tonitruante d'Arnaud Montebourg", qui quitte alors le gouvernement.
Le chef de l'Etat ne se doute pas des ambitions de son cadet, et ne s'en rendra compte que trop tard. Même Nicolas Sarkozy l'a prévenu à son sujet, alors qu'ils étaient réunis à l'Elysée en janvier 2015, après les attentats.
"Comment peux-tu supporter ce banquier dans ton gouvernement? Aucun sens du politique. Rien. Tu devrais t'en méfier", lui glisse son prédécesseur.
Le "microbe", le "jihadiste"
Mais celui qui se méfie alors le plus d'Emmanuel Macron, c'est Manuel Valls. Il affublera d'ailleurs de plusieurs surnoms celui qu'il perçoit très tôt comme son rival: le "microbe", le "macaron" ou encore le "jihadiste", à l'époque où il se laisse pousser la barbe.
Plusieurs conseillers ont tenté d'avertir François Hollande du danger Macron, lui suggérant de le placer à Matignon afin de "renverser la table". Mais il n'en fera rien, précisément pour ne pas s'attirer la fureur de Manuel Valls, décrit comme "nerveux, raide et irritable", rapporte Le Monde. Pour François Hollande, le jeune ministre se préparait pour 2022.
"Je ne peux pas laisser sortir Manuel. Il sera bien plus offensif dehors que dedans", aurait-il justifié.
Loyauté
Quand Emmanuel Macron quitte finalement le gouvernement pour lancer officiellement En Marche!, Gaspard Gantzer explique assister "plus à une séparation affective qu'à une rupture politique". "François Hollande est abattu (...). Je sens sa tristesse, je sens sa colère", écrit-il.
"Il m’a dit que ce n’était pas contre moi, qu’il me soutiendrait toujours… je ne l’ai pas cru", confie aussi le président le jour du départ du trentenaire.
L'ancien conseiller décrit néanmoins Emmanuel Macron comme étant resté loyal à son ancien mentor. "Merci à toi. Merci à lui. C'était pour moi bouleversant. Je t'embrasse", écrit Emmanuel Macron à Gaspard Gantzer le 8 mai 2017, au lendemain de sa victoire à la présidentielle.
"Heureusement qu'il y a eut le livre de Davet et Lhomme"
Comme Gaspard Gantzer, obligé de dormir pendant des mois avec ses téléphones portables sous l'oreiller par peur de manquer un appel, François Hollande semble avoir subi le quinquennat. Dans son livre, le conseiller le compare à Sisyphe, qui "redescendait tous les jours en bas de la montagne, avec son rocher". Le renoncement de François Hollande, le 29 novembre 2016, est l'aboutissement de cette lente agonie. Sursaut d'ironie, aveu d'impuissance ou dernier indice de son aveuglement, il tient ce jour-là des propos surréalistes:
"Quand j’y pense, heureusement qu’il y a eu le livre de Davet et Lhomme, sinon j’aurais été contraint de me représenter", lâche-t-il, à propos du livre Un président ne devrait pas dire ça, qui aura marqué le quinquennat.












