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Dans l’affaire Alstom, l’Etat n’est pas impuissant

BFM Hervé Gattegno
Le Parti pris d'Hervé Gattegnon, du lundi au vendredi sur RMC à 8h25.

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Le conseil d’administration d’Alstom s’est prononcé pour l’offre de rachat de GE mais les discussions continuent. La crédibilité de la politique industrielle du gouvernement est en jeu. Dans l’affaire Alstom, l’État n’est pas impuissant.

Dès qu’une grande entreprise est menacée, on repense toujours à la phrase de Jospin (sur la fermeture d’une usine Michelin): « L’Etat ne peut pas tout ». C’est resté le symbole du renoncement politique face à la désindustrialisation. L’affaire Alstom montre l’inverse : l’Etat peut quelque chose – à condition de le vouloir. C’est un groupe privé mais le gouvernement s’est imposé en interlocuteur, il a poussé pour une deuxième offre (Siemens), obtenu des délais – et des contreparties : sur les emplois, les implantations en France, des partenariats avec des groupes français. Ça ne veut pas dire que l’Etat décide ; mais que, sur un sujet aussi important, on ne décide pas sans l’Etat.

Le ministre de l'Economie, A. Montebourg, soutient l'offre de Siemens, il a traité de menteur le PDG d'Alstom. Est-ce que, une fois de plus, il n'en fait pas un peu trop?

Les dirigeants d’Alstom et de GE auraient préféré régler l’affaire entre eux. Ni F. Hollande, ni M. Valls ni A. Montebourg n’ont voulu laisser faire. Cela dit, comme A. Montebourg a du panache et ne déteste pas se mettre en avant, on le rend vite responsable de tout – tout en le traitant d’irresponsable. C’est vrai qu’il y a un décalage entre la grandiloquence de son discours et l’étroitesse de ses résultats. Mais il en obtient : des plans sociaux renégociés, des emplois sauvés. Si les grands patrons l’ont défendu avant le remaniement, ce n’est pas par hasard. On lui reproche d’en faire ou trop, ou pas assez. En réalité, il fait ce qu’il peut – plus que beaucoup de ses prédécesseurs, qui avaient l’esprit ouvert mais qui regardaient fermer les usines.

Est-ce qu'on sait pourquoi le gouvernement soutient l'offre de Siemens ? Est-ce que c'est une forme de préférence européenne ?

Ça crève les yeux – et c’est une erreur. Alstom et Siemens sont plus concurrents que complémentaires : s’ils fusionnaient, il y aurait des activités, des sites, des personnels en doublon – donc à terme des suppressions d’emplois. Mais il y a une volonté (qui part de l’Elysée) de chercher des partenariats franco-allemands – c’est l’expression d’une conviction, d’une idéologie européenne. Ce qui vient d’Europe serait forcément mieux que ce qui est américain. Sauf que GE est aussi présent en Europe que Siemens et que s’il s’agit de sauver des usines et des emplois, mieux vaut faire primer la logique industrielle sur les choix politiques. L’Etat peut faire quelque chose, oui – mais pas n’importe quoi.

La question de fond, c'est : est-ce que la France peut encore avoir une politique industrielle dans une économie mondialisée ? Est-ce que le déclin d'Alstom ne prouve pas que non ?

La France peut (doit) soutenir ses entreprises. Les USA le font, et ce n’est pas la patrie de l’économie administrée. Notre problème, c’est que l’Etat n’a pas d’argent. Donc notre politique industrielle est surtout défensive. Le discours, le volontarisme y ont une part importante – surtout que la France est un pays où l’on n’aime pas les entreprises (a fortiori si elles gagnent de l’argent). Ce que montre le cas Alstom, c’est que la politique a encore son mot à dire. Peut-être qu’en l’occurrence, elle le dit mal et que A. Montebourg le dit trop fort. A tout prendre, la politique du verbe haut a toujours plus de résultats que la politique du profil bas.