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Claude Allègre : « Enseigner est un métier difficile, très pénible nerveusement »

BFM La rédaction-Bourdin & Co
, Claude Allègre, ancien Ministre de l’Éducation Nationale, auteur de « La défaite en Chantant »

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Jean-Jacques Bourdin recevait, Mardi 4 Septembre, Claude Allègre, ancien Ministre de l’Éducation Nationale, auteur de « La défaite en Chantant » aux éditions Plon-fayard.

Jean-Jacques Bourdin : Parlons d’autorité. J’ai vu un sondage selon lequel les enfants demandent plus d’autorité.

Claude Allègre : Quand j’étais ministre, parmi diverses choses, j’avais dis qu’il fallait enseigner la morale à l’école, et les syndicats m’ont dit que c’était vieux jeu. Je maintiens qu’il faut enseigner la morale, le bien et le mal, la façon de se comporter…

J-J B : Que veux dire enseigner la morale à l’école selon vous ? Donner des cours de morale?

C A : Comme on le faisait autre fois. Je me souviens avoir fait des rédactions presque philosophiques sur la morale. J’ai appris qu’il y avait des formules adaptées à chaque destinataire et comment me tenir. Je pense qu’il y a un problème dans ce qu’on veut enseigner aux enfants. Je pense que tout ce que j’ai pu dire auparavant, on le redécouvre maintenant comme des évidences. J-

J-J B : Vous étiez un précurseur alors, et c’est juste dommage que vous n’ayez pas fait ce dont vous parlez quand vous étiez ministre.

C A : J’ai fait un certain nombre de choses. Par exemple, si vous avez une rentrée scolaire qui est paisible c’est grâce à moi. J’ai déconcentré le mouvement des enseignants, avec des manifestations contre moi. Par conséquent, pour être nommé de Roubaix à Tourcoing on ne passe plus par Paris.

J-J B : Est-ce qu’il faut que les élèves se lèvent lorsque l’enseignant entre dans la classe et si oui est-ce qu’il faut imposer ça par décret ?

C A : Il faut bien sure que les enfants se lèvent mais il ne faut pas imposer ça par décret.

J-J B : Nicolas Sarkozy va aujourd’hui s’adresser aux enseignants, Est-ce qu’il faut demander aux enseignants de travailler plus, pour qu’ils puissent gagner plus ?

C A : Le métier d’enseignant est un métier très difficile, très pénible nerveusement. Je pense surtout qu’il faut que les absences diminuent, des enseignants et des élèves, il faut que les remplacements se fassent d’office. Il faut aussi que les enseignants soient répartis en fonction de la difficulté des classes. Je l’avais dis à l’époque mais je n’ai pas pu le faire : ce qu’il faudrait c’est neuf élèves à Bondy et quarante à Henri IV. Enseigner le Français à Gennevilliers, dans une classe ou les élèves ne parlent pas Français à la maison, ce n’est pas la même chose que d’enseigner l’histoire à Neuilly. Tant qu’on n’aura pas compris dans ce pays que l’égalité c’est la diversité et non pas l’uniformité, je pense qu’on ne s’en sortira pas.

J-J B : Comment revaloriser le métier d’enseignant ?

C A : Je pense que le métier d’enseignant doit être revalorisé par les enseignants eux-mêmes. Je pense que l’habitude qui a consisté à tutoyer les élèves, arriver en classe dans des tenues invraisemblables, faire copains/copains ou dire que la discipline est dépassée, tout ça est à revoir. Quand on veut réformer la justice par exemple, le problème ne vient pas seulement des ministres mais aussi des juges. Quand on dit qu’il faut réformer l’éducation c’est la même chose, c’est aussi aux enseignants de la réformer et de réagir. Nous avons joué notre rôle, en changeant par exemple l’enseignement supérieur et ce sans aucun décret, juste parce que nous avons décidé qu’il fallait agir vu que les élèves ne trouvaient pas de travail. On a donc fait évoluer les choses. J’avais écris un livre avec ma fille qui est enseignante, qui s’appelle « Vive l’école libre », dans lequel on disait qu’il fallait libérer les initiatives des enseignants. Il faut que les programmes soient moins contraignants car on ne fait pas enseigner le Français de la même manière à des enfants qui ont des difficultés parce qu’ils ne sont pas de milieux favorisés et à des enfants de classe moyenne. Quand j’ai dis qu’il valait mieux lire Astérix que de ne pas lire du tout, certains généraux ont très mal réagi et m’ont dit que ce serait aberrent de recommander les bandes dessinées mais je reste convaincu qu’il vaut mieux lire Astérix que ne pas lire.

J-J B : On va parler du PS et de votre livre « La défaite en chantant ». Mais j’ai d’abord une question à vous poser sur la peine de mort pour les pédophiles multi récidivistes. Vous êtes favorable à la peine de mort ?

C A : Je ne suis pas favorable à la peine de mort d’une manière philosophique. J’ai soutenu Badinter en son temps parce que je trouve que ce sont des méthodes barbares, mais je pense qu’il faut par contre protéger la société. Ce sur quoi je ne suis pas d’accord, c’est de laisser des pédophiles multi récidivistes sortir de la prison comme on l’a fait. Je peux comprendre, quand on est parent d’un enfant victime, que l’on puisse avoir des réactions violentes mais ce n’est pas nécessairement la bonne chose.

J-J B : On va parler maintenant du PS et de votre livre. Bertrand Delanoë s’impose, à nouveau candidat à la mairie de Paris, triomphant à la Rochelle…Il s’impose au PS en ce moment ?

C A : Je dis depuis plusieurs mois que c’est le meilleur candidat pour prendre la direction du PS, parce que je crois que le PS ne peut plus continuer à avoir un premier secrétaire d’opérette et laisser les candidats en dehors. Il faut qu’il y ait un patron. Il faut que le prochain premier secrétaire soit le futur candidat à la présidence de la République, comme l’a été François Mitterrand en son temps. Le PS a besoin d’un animateur et je pense que la bataille va se jouer entre Ségolène Royal, François Hollande et Bertrand Delanoë. J’espère que c’est ce dernier qui jouera ce rôle et que beaucoup de gens seront du même avis.

J-J B : Vous pensez qu’il sera élu à Paris ?

C A : Je pense que oui car il a été un très bon maire. Je souhaite surtout qu’il aille un peu plus loin dans les problèmes de pollution. Je pense qu’il devrait faire comme le maire de New York et qu’il dise que dans dix ans il n’y aura plus de voiture, que les bus doivent être électriques, il faut changer de type de véhicules. Les vélos c’est une bonne chose et encore ce n’est pas fait pour tout le monde pour des raisons physiques évidentes. Je crois qu’il mérite d’être réélu.

J-J B : Vous êtes très sévère, dans votre livre, avec François Hollande et Ségolène Royal. Ce livre, c’est quoi pour vous, un péché d’orgueil, un ressentiment de votre amertume ?

C A : Il faut tout d’abord arrêter avec ce mot « amertume » car il ne correspond à rien de ma personnalité. Je suis dans une position un peu unique puisque moi j’ai un métier dans lequel je fais des choses, je m’épanouis et parallèlement j’ai eu la chance de participer à la politique avec passion. Mais je n’ai jamais dépendu financièrement de la politique. Donc, en étant été au cœur de la situation, je peux dire des choses librement, sans être gêné par des problèmes d’ambitions. Je crois que c’est un devoir de dire aux militants socialistes, que j’aime beaucoup, et aux Français, comment se sont passées les affaires et pourquoi la Gauche est dans cet état.

J-J B : Ségolène Royal et François Hollande nous ont-ils « roulé dans la farine » pendant toute la campagne électorale ?

C A : Sur ces deux personnages, j’ai une responsabilité tout à fait particulière parce que c’est moi qui ai demandé à Lionel Jospin de nommer Ségolène Royal auprès de moi, sinon elle n’était pas dans la liste. Et dans un deuxième temps, c’est moi aussi qui ai ramené François Hollande auprès de Lionel Jospin. Voila pourquoi je me sens maintenant une certaine responsabilité. Et j’ai été déçu par Ségolène Royal comme ministre délégué parce qu’elle s’intéressait à sa promotion et non pas à l’Education Nationale. Elle n’a d’ailleurs fait aucune proposition pour l’Education Nationale quand elle a été candidate, donc ce n’est pas moi qui l’ai empêché de faire des choses. Je ne dis pas non plus, comme mes camarades aujourd’hui qu’elle a tous les défauts. Et j’ai ensuite été déçu par François Hollande, car c’est un homme qui a des tas de qualités mais il a joué et il a perdu. Il a joué en essayant de promouvoir des tas de candidatures, dont il espérait qu’à la fin elles s’annuleraient, et que lui émergerait. Je dénonce donc cette méthode qui a été criminelle.

J-J B : Ce couple a été un couple diabolique pour le PS ?

C A : Oui et non parce que quoi qu’il arrive ce n’est pas bon quand un couple se lance dans la politique ensemble. Je pense que c’est un couple qui a mutualisé ses ambitions pendant des années, s’aidant l’un l’autre avec des qualités très complémentaires, et à un certain moment, ces ambitions se sont frontalement opposées.

J-J B : Vous écrivez « Hollande s’est investi dans la politique pendant des années, politiquement il s’estime supérieur à Ségolène, il jugeait qu’il avait toutes les qualités pour aller loin, pourtant au début il a facilité la candidature de Ségolène pour augmenter le désordre et c’est là où la blessure va être très profonde. Ce couple s’est conforté au fil des ans parce que chacun admirait les qualités de l’autre. Elle admirait Hollande, il suffisait de voir à table comment elle le regardait : sa subtilité, son sens de l’humour, sa répartie son à propos, et lui admirait en elle son ambition, sa détermination, et ce qu’il ne sait pas faire, son aptitude à lever la voix. »

C A : Et bien je ne rajoute pas une virgule à ça, c’est une description, ce n’est pas un jugement. Tous les Français peuvent voir que Ségolène Royal est quelqu’un qui a du charisme, qui a le sens de l’autorité, et qui a le sens du courage.

J-J B : Mais selon vous elle ne travaille pas assez ?

C A : Ce n’est pas qu’elle ne travaille pas assez, je pense qu’elle ne travaille pas les sujets de fond. Elle travaille principalement sa promotion individuelle. C’est un chef qui n’a pas besoin de penser parce que c’est un chef. Du moins elle ne pense pas aux sujets politiques. Les généraux emmènent les troupes à la bataille et elle est très bonne la dessus. François, au contraire, est quelqu’un qui réfléchit, qui, ces temps derniers, est très présent sur les médias. Je dis dans ce livre que s’il avait dis, après le Congrès du Mans, qu’il serait candidat à la Présidence de la République, il aurait été désigné par le PS. Mais il n’a pas eu le courage de faire ça.

J-J B : Vous avez profité un peu de La Rochelle pour sortir votre livre, la veille, était-ce un peu opportuniste de votre part ?

C A : Moi je ne suis pour rien dans les programmations. Pour comprendre le fait que mon éditeur ait fait un black out sur mon livre jusqu’à la veille de sa sortie, ce n’est pas à moi qu’il faut vous adresser.