Bové : « Il faut une loi anti OGM »

« Il faut une loi anti OGM » - -
J-J B : Vous marchez en ce moment ?
J B : Voilà, je marche ! Je suis parti mardi depuis Chartres et tous les jours on fait trente kilomètres. On va arriver à Paris samedi. C’est une marche pour le moratoire pour les OGM.
J-J B : Etes vous favorable à l’idée d’une dose proportionnelle à l’Assemblée Nationale ?
J B : J’ai toujours été favorable à la proportionnelle. Je serais même favorable au fait que l’on ait une proportionnelle intégrale, ce serait la façon la plus objective de gouverner.
J-J B : Mais est ce qu’on peut gouverner avec une proportionnelle intégrale ?
J B : Evidemment il faudrait que les gens travaillent ensemble, mais on le voit, les gens font quand même des alliances pour essayer de gouverner, on voit les gens se regrouper. La proportionnelle permet donc au moins aux gens de se représenter et c’est alors une obligation de pouvoir s’entendre avec d’autres.
J-J B : Vous aimeriez être député ?
J B : Je ne sais pas, je pense que je serais prêt à assurer ce rôle de député. C’est important de travailler pour construire le Droit, pour faire en sorte que la démocratie avance. On peut le faire aussi comme député.
J-J B : La réforme des régimes spéciaux de retraite était-elle nécessaire ?
J B : Je crois qu’on est trop dans le discours et j’avais peur qu’on stigmatise certaines personnes par rapport à d’autres. Il peut y avoir éventuellement des remodelages mais je trouve qu’il y a une vraie perversion. Je me demande pourquoi les imprimeurs qui ont toujours travaillé de nuit ne pourraient pas avoir leur retraite avant 60 ans, ça me paraîtrait tout à fait légitime. Je dis qu’il ne faut pas faire régresser le système mais permettre à tout le monde d’avoir les mêmes avantages.
J-J B : Parce qu’il faut cotiser plus pour pouvoir payer les retraites à l’avenir non ?
J B : Justement je ne suis pas sûr que ce soit la réalité, je crois qu’en fait le budget est nécessaire et c’est simplement des questions de priorité.
J-J B : Le grand public comprend cette réforme des régimes spéciaux.
J B : Oui, mais je rajoute juste que le privé doit pouvoir, si des gens sont dans des conditions pénibles, être dans la même situation.
J-J B : Vous dîtes d’accord à condition d’assortir cette réforme d’une grande conférence autour de la pénibilité du travail ?
J B : Un exemple : Nous les paysans, on est toujours à 37.5 ans et personne ne conteste le fait que d’être paysan c’est un travail pénible parce que c’est sept jours sur sept. Ça pourrait être considéré comme un régime spécial mais les gens ne le voient pas comme ça parce que ça paraît évident qu’à 60 ans quelqu’un peut être usé par le travail. Je crois qu’il faut qu’on prenne ça sérieusement mais il est vrai que ce discours « travailler plus » je ne crois pas que ce soit une réalité. J’ai peur que ce soit un slogan, une propagande.
J-J B : Les tests ADN pour le regroupement familial, pensez vous qu’il faille retirer cet amendement ou pas ?
J B : Je pense que cet amendement a été ajouté pour faire polémique et je pense qu’il ne sert strictement à rien. On voit bien qu’on va toucher 30 ou 40 personnes par an, c’est donc grotesque. C’est humiliant pour les personnes et je pense que la France ne sera pas glorifiée par ce genre de situation. J’irai même plus loin, je trouve scandaleux que des gens qui font des manifestations politiques, qui s’engagent dans des associations syndicales, soient arrêtés et qu’on leur demande aussi leur ADN. Pourquoi est ce qu’aujourd’hui on demande systématiquement l’ADN ? Là, se sont des étrangers mais quand on mène des actions anti-OGM aujourd’hui, quand les gens sont mis en garde à vue, on leur demande leur ADN. C’est un glissement dangereux que ce fichage systématique. Je sais bien qu’il y a la question de la récidive sur des pédophiles mais ce n’est pas parce qu’il y a des cas précis pour lesquels il y a effectivement besoin d’aller vite qu’il faut généraliser cela. Le test ADN devient un système de fichage systématique de la population.
J-J B : Parlons des OGM, vous demandez moratoire, qu’avez-vous comme écho du côté du Gouvernement ?
J B : Depuis que M. Borloo a dit de manière très claire qu’aujourd’hui plus personne ne contestait la dissémination des OGM et qu’il ne fallait pas prendre de risque, pour nous ça a été un moment très important. C’est la première fois depuis dix ans qu’on reconnaît au plus haut niveau de l’Etat que les OGM, le pollen du maïs, va d’un champ à un autre, et que ça ne s’arrête pas à la frontière. C’est une réalité. Depuis on sait bien que ça bataille, que les multinationales font des pressions énormes pour que ce moratoire ne se mette pas en place. J’espère que Jean-Louis Borloo ainsi que Nicolas Sarkozy assumeront leurs responsabilités. Personne ne comprendrait que, de ce Grenelle de l’environnement, le moratoire sur les OGM ne sorte pas et ne soit pas annoncé. Le moratoire ne suffit pas bien sur ! Il faudra ensuite qu’il y ait une loi. Nous on se bat pour qu’il y ait une loi qui protège la liberté et le droit de consommer sans OGM.
J-J B : Vous êtes favorable à la création d’une haute autorité sur les OGM à l’issue du Grenelle de l’Environnement ?
J B : Je pense que ça fait partie du projet de loi. C’est même plus qu’une haute autorité sur les OGM, c’est une haute autorité sur les biotechnologies. Je crois que là, il y a véritablement nécessité de mettre tout le monde autour de la table, mais pas simplement des biologistes moléculaires. Il faut des économistes et des associations, il faut que l’ensemble des personnes soit représenté. Tout comme les élus locaux qui sont souvent mis de côté.
J-J B : Certains agriculteurs ont planté du maïs OGM, et disent que ça leur évite d’employer des insecticides, ça permet un rendement supérieur, qu’est ce que vous leur répondez ?
J B : Le discours (qu’il y avait aux Etats-Unis il y a dix ans) montre qu’il n’y a pas d’augmentation de rendement liée aux OGM. Ce ne sont pas les OGM qui font du rendement donc, de ce côté-là, ça ne fonctionne pas. En ce qui concerne les insecticides, c’est une augmentation des ventes au niveau des firmes. Depuis que les OGM ont été mises place (ce sont les mêmes firmes qui vendent les OGM et le produit de traitement qui va avec) elles y gagnent puisqu’elles vendent le double.
J-J B : Mais alors qu’est ce que vous dîtes au Président brésilien Lula qui voit les OGM se développer sur son territoire ?
J B : Il y a eu une invasion des OGM qui est arrivée par l’Argentine et il y a eu une espèce d’augmentation de la production qui s’est faite de manière tout à fait illicite. C’est vrai qu’ensuite, au lieu de mettre un grand coup d’arrêt, le Président a laissé faire, et ce sont les grands propriétaires brésiliens qui ont donc le pouvoir à ce niveau là. Aujourd’hui, le Président du Commerce Extérieur brésilien est le plus gros producteur d’arranges industrielles du Brésil. On est dans un système agro-industriel et ce sont les grands propriétaires brésiliens qui font que les petits paysans du Brésil sont chassés. Le Président Lula ne fait absolument rien, c’est un véritable problème et ce qui se passe au Brésil inquiète non seulement les brésiliens, mais inquiète aussi beaucoup plus largement le reste du monde.
J-J B : Oui parce qu’elles arrivent en Europe ces productions brésiliennes ?
J B : Le problème c’est qu’aujourd’hui Cargill, qui est la plus grosse multinationale du commerce du soja notamment, a carrément une ville au milieu du Brésil, en Amazonie. Effectivement, ils font aujourd’hui du commerce transcontinental et c’est un vrai danger. C’est pour ça qu’il faut qu’on arrête cette agriculture productiviste, qu’on revienne à produire des protéines végétales sur le territoire européen pour nourrir nos propres animaux. Aujourd’hui, au niveau de la France, en soja, on importe l’équivalent de la surface d’un département comme celui du Centre. C’est aberrant, ça veut dire qu’on a une région supplémentaire de protéine qui vient de l’extérieur. Ce n’est pas normal, ça veut dire que les gens qui habitent dans ces pays ne peuvent pas vivre décemment.
J-J B : Parlons du Grenelle de l’Environnement, vous avez demandez un moratoire sur le nucléaire ?
J B : On demande un moratoire sur la construction de la nouvelle centrale nucléaire EPR. Je pense qu’elle est inutile, c’est pour amener de l’électricité en Bretagne ; je pense qu’il y a d’autres moyens, en économisant ou en produisant une énergie diversifiée. Il n’y a que 13% des français qui réclament une nouvelle centrale nucléaire. La majorité trouve qu’il y en a assez, que ça peut être dangereux. Il faudrait, comme les allemands, lancer un processus pour sortir du nucléaire, sur 20 ou 30 ans.
J-J B : Mais en France on est très dépendant du nucléaire ?
J B : L’électricité, l’énergie nucléaire, c’est environ 17% de l’énergie qu’on consomme donc, dire qu’en augmentant le nucléaire on va permettre de lutter contre l’effet de serre ce n’est pas vrai puisqu’en réalité ce qui pollue ce sont les camions, les automobiles, et l’énergie fossile. Je crois que ça ne change rien, le nucléaire est dangereux, on ne sait toujours pas ce qu’on va faire des déchets.
J-J B : Nicolas Hulot propose un référendum sur le sujet du nucléaire ?
J B : Moi je serais tout à fait favorable à ce qu’il y ait un référendum. Qu’on ait six mois de campagne et de débats et qu’ensuite les français s’expriment. C’est un sujet sérieux, c’est l’avenir, Se sont les cinquante prochaines années qui sont en cause.
J-J B : Au niveau des transports, réduire la vitesse sur routes et autoroutes de 10Km/h c’est une bonne idée ?
J B : C’est un peu une idée gadget : Le fait de réduire fait que l’on consomme moins mais le problème c’est qu’on continue à construire de plus en plus de routes et on ne fait rien véritablement pour changer la donne par rapport aux transports publics. Je crois que les 10km/h ne changeront pratiquement rien, les transports collectifs sont la seule solution à ce problème là.
J-J B : Encourager les français à acheter des voitures moins polluantes avec un système de bonus/malus c’est une bonne idée ?
J B : Le problème c’est que, dans ce cas là, il faudrait développer beaucoup plus les nouvelles formes de voitures hybrides. Mais si c’est pour que chaque personne soit dans une voiture ça ne sert pas à grand chose.
J-J B : Beaucoup craignent que sur l’incinération il n’y ait rien dans ce Grenelle de l’Environnement parce qu’il n’y a pas de consensus autour des incinérateurs ?
J B : C’est effectivement un malheur et c’est pour ça qu’il y a eu une grande manifestation le 6 octobre dernier à Clermont Ferrand. Avec notamment un appel des médecins locaux qui se sont mobilisés contre les incinérateurs c’est évidemment que la dioxine se répand alors on nous dit que les nouveaux incinérateurs sont moins polluants. Le problème c’est que les volumes sont plus importants donc au final la dioxine qui est dégagée est encore plus importante. Il faut donc mettre en place d’autres systèmes, avec en même temps de la récupération, et avec la métallisation, ce qui permet de faire circuler des autobus. C’est ce qui se passe notamment à Lille où l’on récupère le gaz qui sort des déchets urbains et on fait circuler les autobus municipaux. Il n’y a pas un modèle unique, il faut diversifier pour pouvoir traiter sérieusement.
J-J B : Est ce qu’il faut interdire la corrida aux moins de 16 ans ?
J B : Je pense qu’il s’agit là d’une affaire de personne. Moi, je ne suis pas pour des interdictions. Je n’ai jamais été spécialement attiré par la corrida mais je ne vais pas m’y opposer catégoriquement.












