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Ayrault, c'est la rigueur sans le tournant

BFM Hervé Gattegno
Jean-Marc Ayrault

Jean-Marc Ayrault - -

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Le Premier ministre prononce ce mardi à l’Assemblée son discours de politique générale. Il devra expliquer comment il entend réduire les déficits en honorant les promesses de François Hollande. Certains annoncent un nouveau « tournant de la rigueur »...

L’expression « tournant de la rigueur » renvoie à une période clé de l’histoire de la gauche. En 1983, après deux ans d’une politique sociale généreuse mais aventureuse, François Mitterrand avait dû se résoudre à dévaluer le franc, faire une pause dans les réformes et des mesures d’économies. Pour éviter l’impression d’un reniement, le Premier ministre, Pierre Mauroy, avait interdiction de parler de « rigueur ». Jean-Marc Ayrault, aussi discipliné que Mauroy, ne prononcera pas non plus ce mot tabou. Sauf que lui n’a pas de changement de cap à cacher: il ne prend pas le tournant de la rigueur – il y va tout droit.

L’audit de la Cour des comptes lui laisse-t-il le choix ? Il recommande un effort de 33 milliards pour l’an prochain…

Il n’a pas le choix sur l’ampleur de l’effort à fournir, mais il l’a sur les moyens d’y parvenir. La Cour des comptes joue son rôle d’expertise. Maintenant, c’est à Jean-Marc Ayrault de dire ce qui, dans les 33 milliards en question, relèvera des économies sur les dépenses publiques et ce qui proviendra de recettes nouvelles – donc de hausses d’impôts. C’est là qu’est le curseur de la politique. Par exemple, la Cour des comptes préconise d’augmenter la TVA plutôt que l’impôt sur les entreprises et les hauts revenus ; le gouvernement le fera quand-même. Ce n’est pas un choix technique mais politique.

Ce discours, c’est aussi le vrai baptême du feu de Jean-Marc Ayrault. Comment sont ses débuts ?

Il est dans un jeu de rôles avec François Hollande. En apparence, il est le Premier ministre-chef de la majorité et François Hollande le président arbitre. En réalité, c’est toujours à l’Elysée que les décisions essentielles sont prises et les ministres se plaignent de ne pas obtenir de réponses quand ils interrogent Matignon. Jean-Marc Ayrault a de l’autorité sur son gouvernement, mais ses ministres ne le considèrent pas comme une autorité. Il a écarté Nicole Bricq de l’Environnement, mais on a vu comment Manuel Valls a balayé son idée des récépissés policiers pour les contrôles d’identité. Pour l’instant, la seule chose qu’il a été capable d’imposer, c’est la discrétion.

Un chef du gouvernement « normal » pour un président « normal » ?

La « normalitude » (comme aurait pu dire Ségolène Royal), c’est surtout un axe de communication. C’est un élément important de la popularité du couple exécutif – et sans doute plus authentique chez Jean-Marc Ayrault que chez François Hollande. Mais tout le monde sait que les vraies difficultés sont économiques, sociales, européennes. S’il n’y a pas de tournant politique, c’est la crise qui l’attend au tournant. La seule question qui vaille, c’est : combien de temps l’austérité (affichée) du style peut-elle suffire à compenser l’austérité (niée) de la politique ? Sans doute pas plus d’un été – un été qui s’annonce donc plus rigoureux… qu’un hiver.

Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mardi 3 juillet, cliquez ici.