Ayrault a dégoupillé une grenade qui lui échappe

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« C'est une bombe à retardement cette réforme fiscale », voilà ce que pensent certains ministres et conseillers ! Et même le président n'est pas dupe. François Hollande a recadré Jean-Marc Ayrault ! Le Premier ministre se voit piloter le chantier de la réforme jusqu'en 2015. François Hollande a brisé son rêve en quelques mots : « Cette réforme s'étalera sur tout le quinquennat ».
Le président sait qu'une telle réforme est techniquement difficile à mettre en œuvre. Ce n'est pas pour rien qu'il l'avait mise sous le tapis sitôt élu en 2012. D'ailleurs au sein du gouvernement, plusieurs ministres se demandent quel est le degré d'engagement de François Hollande. En Conseil des ministres mercredi, l'ambiance était sinistre. Le président a déclaré que la réforme fiscale était une initiative de Jean-Marc Ayrault. Certains ministres étaient estomaqués de voir le chef de l'Etat se mettre en retrait.
François Hollande volontairement en retrait, un ministre des Finances et un ministre du Budget qui n'étaient pas au courant... Comment réagit-on dans les couloirs de Bercy ?
Les conseillers s'inquiètent. « Réformer la fiscalité c'est nécessaire », m'a dit l'un d'eux. « Mais on ouvre la boite de Pandore ! Mettre en place la retenue à la source, c'est un cauchemar technique ! Et la fusion impôt sur le revenu-CSG pour l'instant c'est de la science-fiction ! ». Mais au-delà de l'aspect faisabilité, ce qui inquiète les conseillers de Bercy, ce sont les revendications de tout poil qui vont voir le jour lors des négociations. Que vont demander les syndicats ? Que vont réclamer les députés ? L'aile gauche du PS va ressortir des cartons son idée de CSG progressive.
On dit que Matignon reprend en main Bercy pour mener cette réforme.
Il y a de l'intoxication de la part des services du Premier ministre. Deux hommes-clefs seraient sur le départ : le directeur du Trésor -son possible successeur a démenti- et le directeur du budget. Mais le décret pour valider l'arrivée de son remplaçant Denis Morin a été signé il y a 15 jours. Donc bien avant que Jean-Marc Ayrault n'annonce une remise à plat de la fiscalité.
Comment concilier cette politique avec la stabilité fiscale promise aux entreprises ?
Nul ne le sait ! D'où les interrogations au sein même de la majorité. En fait, la seule bonne nouvelle du coup de poker de Jean-Marc Ayrault c'est la disparition de l'écotaxe. Fini ! Le Premier ministre a confié qu'elle était suspendue le temps de la remise à plat de la fiscalité. Donc jusqu'en 2017, le manque à gagner de l'écotaxe va coûter cher à l'Etat. « Mais ce qui compte c'est d'être sorti de ce piège fiscal », me dit un parlementaire socialiste. Finalement, pour l'instant le coup de poker de Jean-Marc Ayrault n'est pas gagnant mais le tour de passe-passe est réussi.












