BFM

Après son ralliement à Macron, Éric Woerth refuse de démissionner de son poste à l'Assemblée

BFM Jules Fresard, avec Thomas Soulié
placeholder video
Téléchargez la nouvelle application BFM
Le poste de président de commission occupé par Éric Woerth doit, selon le règlement, revenir à un membre de l'opposition. Six présidents de groupes politiques appellent à sa démission.

Ce mercredi, face aux députés de la commission des finances de l'Assemblée nationale, Éric Woerth, son actuel président, a réitéré son refus de démissionner de son poste, une semaine après avoir annoncé son ralliement à Emmanuel Macron. Une situation qui soulève indignation et colère dans les rangs de l'opposition au Palais Bourbon. Preuve en est, six présidents de groupes politiques ont transmis à Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, une lettre appelant à la démission de l'ancien ministre du Budget, règlement de l'Assemblée à l'appui.

Bronca de l'opposition

Pour comprendre l'imbroglio politique et institutionnel qui se joue actuellement au Palais Bourbon, il est nécessaire de remonter au 9 février dernier. Ce jour-là, Éric Woerth, jusqu'alors député LR, révèle dans Le Parisien son soutien à Emmanuel Macron pour l'élection présidentielle d'avril prochain. Dans la foulée, il quitte le groupe parlementaire Les Républicains. Problème, le poste qu'il occupait jusqu'alors - président de la commission des finances de l'Assemblée nationale - doit, selon le règlement de la chambre basse, revenir à un membre de l'opposition.

L'article 39 alinéa 3 du règlement de l'Assemblée stipule ainsi que: "Ne peut être élu à la présidence de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire qu’un député appartenant à un groupe s’étant déclaré d’opposition".

À l'Assemblée nationale ce mercredi, Véronique Louwagie, députée LR et membre de la commission des finances a ainsi appelé une nouvelle fois Éric Woerth à démissionner de son poste, "dans le cadre des droits de l'opposition que nous tenons à faire respecter", bien que concédant que "le règlement n'aborde pas cette situation inédite".

Un constat partagé de l'autre côté de l'échiquier politique par Valérie Rabault, présidente du groupe Socialistes et apparentés. "Vous devriez démissionner, car on se doit de respecter a minima les règles de l'Assemblée. (...) J'entends que certains disent 'oui, mais il ne reste qu'une semaine'. Il y a des affrontements en Ukraine... Le parlement et notre commission ne s'arrêtent pas. Elle peut être convoquée à tout moment".

"Je ne soutiens pas le premier mandant d'Emmanuel Macron"

Des arguments qui ne semblent pas avoir trouvé grâce aux yeux d'Éric Woerth. Bien qu'ayant reconnu ce mercredi que "le règlement, il est clair", il estime toujours qu'il n'a pas à présenter sa démission.

"Moi je ne soutiens pas le premier mandant d'Emmanuel Macron. J'ai dit que j'allais soutenir le deuxième mandat d'Emmanuel Macron. Ce n'est pas tout à fait la même chose", a-t-il tenté de justifier devant les députés, sous les brouhahas. Avant de préciser: "Je sais bien que c'est compliqué, mais c'est compliqué pour tout le monde".

Puis d'ajouter: "La commission ne fonctionne plus dans une semaine, ce n'est pas tout à fait la même chose que s'il y avait un an ou deux" (à attendre). Selon ses dires, les seules décisions restant à arbitrer par sa commission sont "techniques", et donc non partisanes. "Donc je ne démissionnerai pas. C'est ainsi".

Des arguments qui n'ont pas convaincu les députés de l'opposition membres de la commission des finances, qui ont décidé de quitter la salle.

Dans la même veine, dans un courrier que BFMTV a pu se procurer, six présidents de groupes d'opposition à l'Assemblée ont interpellé Richard Ferrand.

Dans ce courrier, Damien Abad (LR), André Chassaigne (PCF), Jean-Christophe Lagarde (UDI), Bertrand Pancher (Libertés et Territoires), Mathilde Panot (LFI) et Valérie Rabault (PS), appellent Richard Ferrand à "faire appliquer l’esprit du Règlement et de garantir les droits de l’opposition en faisant procéder à l’élection d’un nouveau Président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire".

"C’est une question de dignité et de respect de nos institutions comme des droits de l’opposition", estiment-ils.