A gauche, l'autre débat sur le cannabis

Les Coulisses de la politique, de Christophe Jakubyszyn, sur RMC du lundi au vendredi à 7h20 - -
Dimanche soir sur Radio France, le ministre de l’Education Vincent Peillon abordait « un sujet majeur », selon ses mots. « Je vois quasiment tous les soirs des reportages sur les trafics illicites dans nos banlieues. Alors on peut lutter par les moyens de la répression, mais je vois que les résultats ne sont pas très efficaces. Cette question est posée, je suis très étonné parfois du côté un peu retardataire de la France sur un sujet qui pour moi est d’ampleur », a affirmé le ministre.
Premier commentaire : Vincent Peillon n’est pas ministre de l’Education pour rien. Voyez comment il pose le débat. Comme un professeur de philo, il s’interroge et voit les limites de la politique de répression. Plus tard, il critique les bobos qui font faire leurs courses de cannabis en banlieue. Il pose le problème, un peu dans l’épure, dans la réflexion libre.
Et il n’a pas le droit ?
Non, il n’a pas le droit, car il est ministre. Un ministre, on le sait, ça respecte la position du gouvernement. « Ça ferme sa gueule ou ça démissionne », comme le disait Jean-Pierre Chevènement.
On le sait, la position du gouvernement ce n’est pas celle de la libéralisation. François Hollande et Manuel Valls ont une lecture politique de ce sujet, et peut-être ont-ils raison. Ils pensent que le gouvernement ne doit pas montrer de signes de « faiblesse », au moment même où on découvre des circuits de blanchiment de l’argent de la drogue via des comptes en Suisses de certains Français expatriés fiscaux. Je parle, bien sûr, de l’affaire révélée ce week-end et qui vise notamment une élue parisienne d’Europe Ecologie-Les Verts.
Vincent Peillon a donc eu droit à un recadrage du Premier ministre…
Oui, immédiatement. « Les ministres ont à se concentrer sur la mission qui est la leur, a affirmé Jean-Marc Ayrault. Lorsqu’ils parlent à la télé ou la radio, ils doivent défendre à la fois la politique de leur ministère et la politique du gouvernement, et rien d’autre. Nous ne sommes pas des commentateurs ».
D’une certaine manière, c’est une aubaine pour un Premier ministre qui est en difficulté parce qu’il donne justement le sentiment de manquer d’autorité à l’égard de ses ministres. Il a eu, lundi, l’occasion de remettre son ministre à sa place.
Mais en réalité, le débat à gauche n’est pas celui qu’on croit…
En effet, si ce débat est tabou à gauche, c’est parce que le vrai débat ne porte pas sur la dépénalisation, mais sur la consommation du cannabis. Au fond, la gauche est divisée d’abord sur le rapport à la fumette. Il y a ceux qui pensent que ce n’est pas pire que le tabac ou l’alcool, comme les Verts, et notamment Cécile Duflot qui mettait les pieds dans le plat en juin dernier : « Il faut considérer que le cannabis est comme l’alcool et le tabac, avec une politique de santé publique et de prévention, notamment vis-à-vis des jeunes. C’est important de considérer que le cannabis présente des dangers sur la santé ». Et puis il y a ceux qui pensent que c’est dangereux, et paradoxalement Vincent Peillon fait partie de ceux-là. Il pense que la France, championne de la répression, a l’un des taux de consommation les plus élevé d’Europe. Un jeune Français de 15 et 16 ans sur quatre a consommé du cannabis au cours du dernier mois, contre moins de 10% en Allemagne. Une consommation dont un rapport vient de rappeler la nocivité du cannabis sur le cerveau des adolescents, avec des dommages irréparables sur les capacités intellectuelles et le développement psychique.
Vincent Peillon ne prône donc pas la libre consommation du cannabis, il ne banalise pas cette consommation. Il s’interroge sur le meilleur moyen de lutter contre ce fléau. Mais François Hollande et Manuel Valls ont compris que ce débat divise trop profondément la gauche, la majorité. Et que donc la meilleure solution reste de ne pas en parler.
Pour écouter les Coulisses de la Politique de Christophe Jakubyszyn du mardi 16 octobre, cliquez ici












