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27 ans après son refus de se présenter en 1995, Jacques Delors "se pose encore des questions"

BFM Marie-Pierre Bourgeois
Jacques Delors le 6 novembre 2012

Jacques Delors le 6 novembre 2012 - Eric PIERMONT / AFP

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Figure de la gauche, l'ex-président de la Commission européenne revient sur son choix de renoncer à la présidentielle. L'ancien ministre de François Mitterrand analyse aussi le parcours d'Angela Merkel et d'Emmanuel Macron.

Alors qu'Angela Merkel quitte le pouvoir en Allemagne et qu'Emmanuel Macron s'apprête à diriger la présidence tournante de l'Union européenne en janvier prochain, Jacques Delors, retiré de la scène médiatique depuis plusieurs années, prend la parole dans Le Point.

A 96 ans, l'ancien président de la Commission européenne, aux manettes pour la création de l'espace Schengen, le traité de Maastricht ou la création de la politique agricole commune (PAC), reste une figure historique de la gauche tout en étant très respecté par la droite.

L'ancien ministre de l'Economie de François Mitterrand, qui a notamment assumé le tournant de la rigueur en 1983, n'hésite pas à distribuer les bons et les mauvais points.

"Un souci d'indépendance trop grand"

A commencer par son propre parcours, lui qui a refusé de se présenter à la présidentielle de 1995 alors qu'il était pourtant en tête des sondages.

"Je n'ai pas de regrets mais je me pose encore des questions. Mon parcours du point de vue de la vie politique française n'est pas fameux… J'avais un souci d'indépendance trop grand, et je me sentais différent de ceux qui m'entouraient. Ma façon de faire de la politique n'était pas la même", raconte le père de Martine Aubry.

Son retrait stupéfie alors son camp politique. Sa méthode pour se décider a d'ailleurs de quoi surprendre.

"Deux jours avant de parler à Anne Sinclair (Jacques Delors a annoncé sa non-candidature dans '7sur7' ndlr), j'avais divisé une feuille de papier en deux. À gauche, les raisons qui me poussaient à me présenter, à droite celles qui m'en empêchaient. Au petit matin, j'ai ajouté deux arguments à la colonne de droite. (...) J'ai considéré qu'une partie du PS ne me soutiendrait pas autant qu'il le faudrait. La seconde, c'est que cette situation risquait de m'empêcher d'agir comme je le croyais bon pour la France", décrypte l'ex-député européen.

"Merkel ne cherchait pas à aller plus loin dans l'utopie européenne"

Le politique revient également sur les 16 années d'Angela Merkel à la tête de l'Allemagne. Reçue en grande pompe ce mercredi à Beaune par Emmanuel Macron pour sa dernière visite publique en France, Jacques Delors estime "son bilan considérable, même si elle doit une fière chandelle à Helmut Kohl".

"Au début, Madame Merkel était dans un système d'observation des gens et des faits. Elle ne cherchait pas à aller plus loin dans l'utopie européenne. Elle voulait que ce qui existait marche. Aujourd'hui encore, je crois qu'elle est restée attachée à cette notion", regrette l'ancien maire de Clichy.

Peu désireux de s'exprimer sur Emmanuel Macron, Jacques Delors décoche cependant une flèche au chef de l'Etat.

"Toute sa politique démontre qu'il n'est pas social-démocrate. La vie politique s'est affaiblie. Le rôle déclinant du Parlement est un avertissement pour nous", juge-t-il.

Enfin, l'ancien élu se garde bien d'appeler à voter pour Anne Hidalgo. "Bien sûr que je voterai mais je préfére rester à l'écart de tout ça. Je ne serai pas utile", estime le retraité de la politique.

En difficulté dans les sondages et alors que plusieurs figures de la gauche comme Lionel Jospin ou Martine Aubry se sont déplacées lors de son meeting à Lille, nul doute qu'un mot en sa faveur aurait été apprécié.