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Victime de harcèlement homophobe, une directrice d'école se suicide le jour de la rentrée

BFM Sophie Cazaux avec Véronique Fèvre
Une cour d'école fermée au Crès, près de Montpellier, le 12 mars 2020 (photo d'illustration)

Une cour d'école fermée au Crès, près de Montpellier, le 12 mars 2020 (photo d'illustration) - Pascal Guyot-AFP

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Caroline Grandjean, professeure des écoles, s'est suicidée ce lundi 1er septembre. L'ex-directrice d'une école primaire dans le Cantal avait été victime d'un harcèlement homophobe sur plusieurs mois et avait dénoncé le manque de soutien de l'Éducation nationale face à cette affaire.

La professeure des écoles Caroline Grandjean, qui avait été victime d'un harcèlement homophobe sur plusieurs mois et avait dénoncé le manque de soutien de l'Éducation nationale, s'est suicidée ce lundi 1er septembre, jour de la rentrée scolaire, a annoncé l'auteur de bande dessinée Remedium.

Son histoire avait été racontée dans une BD publiée sur les réseaux sociaux par Remedium, auteur de l'ouvrage Cas d'école, qui recensait le parcours de plusieurs enseignants. La BD expliquait que Caroline Grandjean, alors directrice de l'école primaire de Moussages, dans le Cantal, avait découvert, en décembre 2023, un tag homophobe "sale gouine" sous le préau de son école.

01.48.06.42.41: la ligne d’écoute anonyme de SOS Homophobie
La ligne d'écoute de SOS homophobie est animée par des bénévoles formés à recueillir les témoignages et apporter aux victimes attention, réconfort et pistes de solutions dans le plus strict anonymat. Ce numéro est joignable du lundi au jeudi de 18 heures à 22 heures, le vendredi de 18 heures à 20 heures, le samedi de 14 heures à 16 heures et le dimanche de 18 heures à 20 heures.

Ne parvenant pas à retourner au travail, elle avait dû être arrêtée et avait déposé plainte, informant les parents d'élèves de la situation. Selon la BD, elle n'avait reçu "aucun soutien" des parents d'élèves ou de la mairie, qui s'étaient plaints "auprès de l'inspection d'avoir été mis mal à l'aise par le message de Caroline". L'inspectrice avait alors "reproché" son message à Caroline Grandjean, d'après son récit.

Une blessure "trop profonde"

Elle avait ensuite découvert plusieurs autres tags homophobes à l'école et une menace de mort dans la boîte aux lettres de l'établissement, un mot indiquant "va crever sale gouine". Après plusieurs plaintes déposées, elle avait fini par quitter son poste, dénonçant, auprès de Remedium, l'indifférence de l'Éducation nationale et la violence à son encontre de l'institution qui voulait la changer d'établissement contre son gré.

"Caroline aura tenté du mieux qu'elle pouvait de se reconstruire. Mais la blessure était trop profonde", a déclaré Remedium sur X ce lundi.

"Le corbeau qui l'a abreuvée d'insultes homophobes et de menaces de mort, les villageois et le maire qui ne l'ont pas soutenue, les collègues de son académie aux abonnés absents... Tout cela a contribué à creuser sa tombe", a-t-il ajouté.

L'auteur de BD affirme qu'"il y a trois jours à peine", Caroline Grandjean lui a écrit pour lui faire savoir que "l'inspectrice qui ne l'avait pas soutenue était promue, devenant l'assistante de la Directrice académique". Il estime que cela a été "le dernier clou de son cercueil" et qu'elle a été "broyée par un système et qu'elle ne demandait que la justice".

Les syndicats dénoncent l'absence de soutien

Contacté par BFMTV, le ministère de l'Éducation nationale a déploré "le décès tragique d’une professeure des écoles dans le Cantal", un "drame qui suscite une vive émotion au sein de la communauté éducative".

Selon le ministère, une cellule d'écoute a été activée ce mardi dans la circonscription de Mauriac pour accompagner les équipes éducatives. "La rectrice de l’académie de Clermont-Ferrand va saisir la formation spécialisée santé, sécurité et conditions de travail départementale afin qu’elle puisse conduire les investigations et formuler les préconisations nécessaires", a-t-il ajouté.

Plusieurs syndicats ont réagi à la mort de la professeure des écoles lundi, dénonçant la réaction de l'Éducation nationale face à cette affaire. "Broyée par l'institution, par son village, par ses par(ents) d'élèves, elle avait écrit sur un groupe de directeurs: 'Lundi... sera bien plus difficile pour moi que pour vous'. Nous sommes dévastés", a déclaré sur X le Syndicat des Directrices et Directeurs d'École, le S2DÉ.

"L'homophobie tue. L'absence de soutien aussi. Tristesse, colère et toutes mes pensées à Caroline et ses proches.", a aussi écrit la secrétaire générale du Snes-FSU, Sophie Vénétitay, sur Bluesky.

3114: le numéro national de prévention du suicide
Le 3114 est le numéro à contacter si vous êtes en détresse psychique ou si vous avez des idées suicidaires. Vous pouvez également le contacter si un de vos proches est dans ce cas. Il propose une écoute avec des professionnels de santé spécialement formés, et est disponible sept jours sur sept, 24 heures sur 24.