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Thierry Saman, "Loulou la Carpe" et un procès digne d'un polar

BFM Alexandra Gonzalez
Les trois hommes vont être jugés aux assises de Paris. Photo prise lors du procès d'Antonio Ferrara en 2009, qui avait été arrêté notamment grâce à Thierry Saman.

Les trois hommes vont être jugés aux assises de Paris. Photo prise lors du procès d'Antonio Ferrara en 2009, qui avait été arrêté notamment grâce à Thierry Saman. - -

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Trois hommes comparaissent dès lundi devant la cour d'assises de Paris pour le meurtre de Thierry Saman, en 2003. Un père de famille qui frayait avec le grand banditisme.

L'histoire est digne d'un film noir, où les gangsters battent le pavé et règlent leurs trahisons à coup de balles dans la tête. Ce lundi s'ouvre le procès des trois meurtriers présumés de Thierry Saman, 37 ans, concierge d'immeuble dans le XIIIe arrondissement parisien, indic de la police et truand à ses heures perdues.

L'homme, disparu un soir de janvier en 2003, a été retrouvé mort en 2008. Ses ossements ont été découverts dans une voiture calcinée, abandonnée dans l'immense entrelac de galeries souterraines de la carrière du Couvent, dans l'Oise.

Voyou et indic

Dans le box des accusés de la cour d'assises de Paris lundi, Eric Steger et El Hadi Ghariani, 40 ans, poursuivis pour assassinat. A leurs côtés, Thierry Romero, 42 ans, soupçonné de complicité. Le procès doit durer près de trois semaines.

Lorsque Thierry Saman disparaît en 2003 sans laisser de traces, les rumeurs de son assassinat vont bon train. Ce père de famille n'est pas un enfant de chœur, rappelait en 2012 dans un portrait Le Parisien Magazine: ancien boxeur, large cicatrice barrant l'arrière de son crâne, dauphin tatoué sur l'épaule, Thierry Saman fraie avec le grand banditisme.

Dans son casier judiciaire, plusieurs condamnations pour trafic de stupéfiants. Mais l'homme ne se contente pas des voyous: il rencarde régulièrement ses copains flics, les conduisant parfois à l'arrestation de criminels patentés.

Contrat sur sa femme

Un double jeu dangereux, qui l'aurait amené à vouloir faire exécuter sa propre femme, qui menaçait de le dénoncer. Un soir de mars 1998, les deux époux sont en voiture, et pénètrent dans un parking souterrain du quartier chinois de Paris. Thierry sort du véhicule pour aller saluer un vigile. Quelques minutes plus tard, un homme accoste la jeune femme, restée seule. Il pointe un revolver sur sa tempe, et tire. La balle traverse la mâchoire, mais ne la tue pas. Un miracle. Le bébé que Géraldine portait à ce moment-là, en revanche, ne survit pas au choc.

Il faudra attendre 2005 pour que l'agresseur soit retrouvé, grâce à une trace ADN et à l'obstination du jeune juge d'instruction chargé de la disparition de Thierry Saman. Devant les enquêteurs, l'homme passe à table: il avait pour ordre de tuer Géraldine, qu'il ne savait pas enceinte. Un contrat à 50.000 francs, commandé par Thierry Saman en personne, qui lui aurait demandé, en vain, de finir sa "tâche" à l'hôpital.

Le profil du concierge se dessine peu à peu, laissant entrevoir un homme prêt au pire pour se protéger.

"La Carpe" a parlé

En 2008, nouveau coup de théâtre avec l'entrée en scène de Louis Guillaud, dit La Carpe, un caïd septuagénaire qui a purgé 14 ans de prison pour l'enlèvement d'un enfant dans les années 70. L'homme, mêlé à la disparition de Thierry Saman, sent les mailles du filet se resserrer autour de lui. Il ne veut pas finir sa vie en cellule. Alors, pour la première fois, il décide de faire mentir son surnom et se met à "balancer" les copains, quelques jours avant Noël: selon lui, le concierge a été attiré dans un guet-apens et exécuté de sang-froid par Eric Steger et El Hadi Ghariani, sur une aire d'autoroute de l'A1. Il indique à la police l'endroit où gît Thierry Saman.

Il dit avoir assisté, impuissant, à l'assassinat, commandité pour faire taire celui qui parlait "trop". Mais l'histoire ne prend pas complètement, et malgré sa coopération, "Loulou" comprend qu'il va être poursuivi dans les jours qui viennent. Alors, le jour de Noël, le 25 décembre 1998, alors qu'il est en famille dans le Pas-de-Calais, "La Carpe" abat d'une balle dans la nuque son gendre, qu'il soupçonnait de maltraiter sa fille, et se suicide.

Cinq ans plus tard, le procès des meurtriers présumés de Thierry Saman commence enfin. L'accusé principal, El Hadj Ghariani, clame son innocence. Selon son avocat, interrogé en 2012 par le Parisien, Louis Guillaud a lâché le nom de son client aux enquêteurs par "désir de vengeance", sans fondement. Aux jurés désormais d'en décider, car "La Carpe" a emporté ses secrets dans sa tombe.