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Quel avenir pour Charlie Hebdo?

BFM Aude Deraedt
Des chroniqueurs de Carlie Hebdo assurent que le journal sortira mercredi prochain.

Des chroniqueurs de Carlie Hebdo assurent que le journal sortira mercredi prochain. - Ozan Kose - AFP

"Le journal Charlie Hebdo sortira mercredi prochain et sera tiré à un million d'exemplaires", a déclaré son avocat, Richard Malka, contre 60.000 habituellement.  Ce sera un numéro de 8 pages, a-t-il dit, au lieu de 16 pages. Le journal a notamment reçu des aides des groupes Canal+ et Le Monde, et la rédaction sera hébergée par Libération.

C’est la voix brisée que Patrick Pelloux, urgentiste et chroniqueur pour Charlie Hebdo, a pris la parole sur BFMTV jeudi, affirmant qu’il voulait que le journal ne disparaisse pas. "Il faut qu'on fasse Charlie la semaine prochaine." "On doit continuer c'est hyper important, hyper stratégique." "C'est indispensable, ils peuvent pas avoir gagné".

Un message bouleversant, qui fait écho à l’appel lancé par Serge July mercredi, quelques heures après l’attentat sanglant perpétré contre le siège de Charlie Hebdo. "Il faut que Charlie paraisse mercredi. L’ensemble de la profession se réunit pour que les conditions soient réunies pour cette parution. Je pense que d’autres dessinateurs viendront aider les journalistes qui restent, je pense à Willem, qui est à Libé mais qui vient de Charlie", a-t-il affirmé sur BFMTV. "Il faut le faire vivre, lui donner les moyens de vivre, des locaux.". "Sinon il y aura un petit Charlie Hebdo, un semi-Charlie Hebdo. Il ne faut surtout pas. C'est une question fondamentale si on veut effectivement réagir et qu'ils n'aient pas tué Charlie Hebdo", avait insisté mercredi Serge July, au micro d’Europe 1.

"Certains ne poursuivront pas l'aventure parce qu'ils sont terrorisés" mais "Charlie doit continuer", a pour sa part exprimé la compagne de Charb, Jeannette Bougrab.

"Décapité"

Dans cet attentat, Charlie Hebdo a perdu huit journalistes et dessinateurs. Parmi eux, Charb, Wolinski, Cabu, Tignous et Honoré. Des pontes du journal satirique. Ses pères fondateurs. Des pertes humaines inestimables. "C’est un journal qui a été décapité, comme en Syrie, en Irak. C’est unique au monde qu’un journal soit tué comme ça". "Tué". Le mot utilisé par Willem est fort. Et le dessinateur de Libération et de Charlie n’est pas le seul à l’employer. Car il n’y pas de mot pour qualifier la tragédie qui touche le journal satirique, qui a perdu la majorité de ses dessinateurs et devra, pour survivre, recomposer une équipe.

Trois groupes de médias pour accueillir Charlie

Dans une interview emplie d’émotion, l’ancien directeur de Charlie Hebdo a assuré sur France Inter qu’il "ne faut pas laisser le silence s’installer". "Il faut vraiment nous aider. Maintenant il faut qu’on soit groupé contre cette horreur. La terreur ne doit pas empêcher la joie de vivre, la liberté, l’expression - je vais employer des mots à la con - la démocratie, c’est tout de même ça qui est en jeu. C’est cette espèce de fraternité qui fait qu’on peut vivre. Il ne faut pas laisser ça, c’est un acte de guerre." Solidaires, les groupes Radio France, Le Monde et France Télévisions ont annoncé mettre "à disposition de Charlie Hebdo et de ses équipes l'ensemble de leurs moyens humains et matériels" pour que l'hebdomadaire "continue à vivre".

Tous trois ont invité tous les médias à les rejoindre "pour préserver les principes d'indépendance et de liberté de pensée et d'expression, garants de notre démocratie". 

Charlie Hebdo sera hébergé par Libération le temps nécessaire. "Nous mettons à leur disposition un étage complet de notre immeuble et tous les outils et moyens de production nécessaires à la production de leur exemplaire de la semaine prochaine, comme de celles à venir, tant qu'ils en auront besoin", a déclaré le directeur opérationnel de Libération, Pierre Fraidenraich.

Charlie Hebdo tiré à 1 million d'exemplaires

Au final, "le journal Charlie Hebdo sortira mercredi prochain et sera tiré à un million d'exemplaires", a déclaré son avocat, Richard Malka, contre 60.000 habituellement. Ce sera un numéro de 8 pages, a-t-il dit, au lieu de 16 pages habituellement. 

Depuis sa création, l’hebdomadaire satirique est constamment la cible de menaces et d’attaques. Mais jamais on n’aurait pu imaginer qu’un attentat tel que celui perpétré mercredi puisse avoir lieu. Né des cendres d’Hara-Kiri, Charlie Hebdo s’est renforcé au fil des polémiques, notamment avec l’affaire des caricatures de Mahomet, publiées en 2006, et qui coûteront à l’hebdomadaire un procès. En novembre 2011, le siège de Charlie Hebdo, boulevard Davout à Paris, avait été détruit par un incendie criminel. Déjà, le gouvernement parlait d’"attentat". Libération avait hébergé la rédaction de l’hebdomadaire dans ses locaux durant deux mois, avant qu’il renaisse, une nouvelle fois, de ses cendres.