Saint-Nazaire : incompréhension après la découverte d'une famille recluse

L'immeuble à Saint-Nazaire dans lequel une famille vivant recluse depuis de nombreuses années a été retrouvée. - -
Comment personne n’a pu se rendre compte de la situation ? C’est la question qui se pose après que les pompiers de Saint-Nazaire en Loire-Atlantique ont découvert ce week-end une famille de six personnes dont quatre enfants de 14 à 20 ans vivant des conditions d'insalubrité épouvantables dans un appartement rongé par la moisissure. Depuis au moins deux ans, cette famille avait disparu des écrans radars. Selon des voisins, la mère et les enfants n'avaient plus été vus depuis au moins un an. Seul le père était parfois aperçu par les voisins lorsqu'il sortait les poubelles ou revenait des courses. Les enfants, prostrés, ont été hospitalisés, comme la mère, après avoir été entendue. Le père a été interné dans un service psychiatrique. Une enquête a été ouverte pour manquement aux obligations parentales. Les quatre enfants qui vivaient avec les parents n'ont pas encore pu être entendus mais la fille aînée, qui ne résidait plus au domicile familial, l'a été.
« Sans renouvellement des aides, nous n’avons pas d’information »
Dans un communiqué, l'Académie de Nantes a indiqué n'avoir à ce stade pas de trace de scolarisation des enfants depuis 2010. Selon cette source, deux des enfants ont été inscrits deux ans à des « cours par correspondance » entre 2007 et 2009, et « deux autres enfants ont été scolarisés dans un collège privé de Saint-Nazaire pour l’année scolaire 2008-2009 et ont été inscrits à des cours par correspondance pour l’année suivante ». 2010, une date qui semble marquer un tournant dans l’histoire de cette famille. En effet, à cette époque la famille aurait pu renouveler l’aide du centre communal dont elle bénéficiait depuis 2007, démarche qu’elle n’a jamais entrepris. « De 2007 à 2010, explique Jeannine Hottelard de la caisse communale d'action sociale, la famille a eu des aides. Des aides au transport, à l’accès aux piscines et des bons de Noël pour les moins de 14 ans. La famille n’a pas renouvelé sa demande donc nous n’avons pas d’information sur ce qu’il se passe. Ce non renouvellement ne nous a pas étonné plus que ça ».
« On ne voyait jamais personne venir sonner »
« Lui, on ne le voyait que quand il faisait les courses ou qu’il mettait les poubelles au vide-ordure, autrement on ne le voyait pas : pas de bonjour, rien, rapporte sur RMC Céline, une voisine de palier. Il était vraiment discret, pas de sourire, il ne parlait pas. Il ne cherchait pas à parler aux gens donc on ne cherchait pas non plus à lui parler. On ne voyait jamais personne venir sonner. Même son frère ne rentrait pas. Un fois il est venu sonner car il n’avait plus de nouvelles mais même devant la porte, personne n’a répondu ».
« Dans un contexte d’emprise, les enfants se calquent sur l’adulte »
Pour Hélène Romano, spécialiste en psychopathologie et du traumatisme de l'enfant à l'hôpital Henri Mondor (94), ce genre de situation est possible « quand il y a un contexte d’emprise et de conditionnement. Par exemple, les parents dans les sectes peuvent tenir ce genre de discours : le monde extérieur est dangereux, si tu sors tu vas mourir, on va te faire du mal, il faut que tu restes avec moi. Et les enfants se calquent sur l’adulte, ils ne tentent pas de sortir, ni d’appeler à l’aide, même quand ils sont grands ».
« S’ils n’ont connu que ça, la reconstruction sera plus difficile »
Se reconstruire après avoir vécu isolé pendant de nombreuses années risque d’être un exercice délicat et complexe pour les enfants. Même pour les enfants les plus âgés de la famille cela risque de prendre du temps comme l’explique Hélène Romano : « L’âge peut être une difficulté majeure s’ils n’ont vécu que ça : jamais socialisés, scolarisés. Par contre, si l’enfant de 20 ans a eu pendant 10 ans une vie sociale et scolaire et que pendant 10 ans il a été enfermé, il a quand même expérimenté une ressource qui va être très importante pour la suite. Le facteur âge peut être tout à fait dommageable mais peut être aussi un facteur très positif. Cela dépendra de ce qu’ils ont vécu avant ».












