Procès des surirradiés : « des séquelles qui polluent le quotidien »

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Ils étaient venus en espérant guérir d’un cancer de la prostate. Ils sont repartis en vivant l’horreur. Les victimes de la surirradiation du centre hospitalier Jean Monnet d’Epinal attendent ce moment depuis des années.
Ce lundi après-midi s’ouvre le procès de deux radiothérapeutes et un radiophysicien qui comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris pour homicides et blessures involontaires.
Entre 2001 et fin 2006, plus de 600 personnes atteintes de cancer ont en effet été exposées à des doses anormalement élevées de radiothérapie, au centre hospitalier Jean Monnet d’Epinal : c’est la surirradiation, et les conséquences peuvent être terribles. Au moins 7 personnes en sont décédées, d’autres subissent de graves séquelles. En 2005, la ministre de la santé de l’époque, Roselyne Bachelot avait évoqué une « catastrophe sanitaire ».
Les erreurs sont imputées par la justice aux trois médecins : d'abord une modification erronée des paramètres techniques lors du passage à une nouvelle génération d'appareils en 2004, puis la non-prise en compte de doses d'irradiations de contrôle, lors des séances de traitement des patients. Résultat, des organes sains ont été brûlés par ces surdoses.
« Des condamnations à hauteur de ce qu’on a vécu »
Philippe Stabler, le président de l'association des victimes de surirradiations de l'Hôpital d'Epinal, a lui-même été victime. Après 35 séances de radiothérapie début 2006, il a été brûlé sur trois centimètres au niveau des intestins.
« Ce sont des séquelles qui polluent le quotidien, témoigne-t-il sur RMC. Depuis 6 ans et demi maintenant, je vais à la selle entre quatre et six fois par jour ». Et pourtant, quand on lui a proposé la radiothérapie, il pensait que c’était la fin de ses soucis. « J’ai dit oui, bien sûr, parce que je voulais vivre ». Aujourd’hui, il dit ressentir « une immense colère » et considère qu’au-delà de la faute des médecins, il y a le manque d’accompagnement. « J’ai été, comme tous les autres, complètement abandonné. On n’a jamais eu d’informations, et nous sommes rentrés chez nous seuls, sans savoir ce qu’il se passait. Je veux des condamnations à hauteur de ce qu’on a vécu », demande-t-il aujourd’hui.
« Certains ont détruit des preuves »
Avocat de l’association vosgienne des surirradiés, Gérard Welzer représente près de 200 parties civiles dans ce procès. Et il attend beaucoup. « Lorsque vous êtes victime d’une telle catastrophe, la moindre des choses, c’est que les personnes en face de vous reconnaissent leurs erreurs et assument », demande-t-il. Et pourtant, comme Philippe Stabler, lui aussi considère que les médecins n’ont jamais pris conscience pleinement de leur responsabilités. « Non seulement, certains ont détruit des preuves, mais en plus se renvoient la balle. Les médecins travaillaient dans une tour d’ivoire, regrette-t-il. Aucune remise en cause ! A titre d’exemple, un professeur de Nancy téléphone au médecin : "on reçoit des gens de votre hôpital, il y a un problème" ». La réponse des médecins est sans appel : « "Comment ? On a la meilleure radiothérapie au monde, tout va bien" » Circulez, il n’y a rien à voir. « Ils étaient inaccessibles au doute », conclut l’avocat.
« Responsabilité morale, oui, responsabilité pénale, non »
Pas question, pour autant, de mettre tous les œufs dans le même panier. Maître Jean Reinhart est l'avocat du radiophysicien Joshua Anat, celui qui était chargé de régler la machine servant pour les séances de radiothérapie. Aujourd’hui, il rejette sa responsabilité pénale dans ce dossier. « Il dit qu’il y a eu des erreurs commises par un ensemble, et par l’hôpital, ça c’est clair, reconnaît-il. Mais lui n’est qu’un intervenant parmi d’autres, il n’a pas commis d’erreur, car lui ne manipule pas. Il ne fait que donner l’indication, la bonne indication, le bon paramétrage sur le dossier, mais le praticien ne fera pas la bonne manipulation ». Par conséquent, il tient à partager les torts. « Bien évidemment, il se sent une responsabilité morale, on ne peut pas rester indifférent à ces drames humains. Donc responsabilité morale, oui, responsabilité pénale, non ».
Un procès diffusé en direct
Les médecins risquent maintenant jusqu’à 5 ans de prison ferme. La directrice de l’hôpital, le directeur de l’Agence régionale de l’hospitalisation de Lorraine et la directrice de la Ddass comparaissent aussi pour omission de porter secours. Le procès, qui durera jusqu’en novembre, sera intégralement diffusé en direct dans une salle du tribunal d’Epinal, pour permettre aux victimes les plus fatiguées d’y assister.












