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"Prison break": vaste opération pour saisir des mini téléphones vendus comme indétectable dans 66 prisons

BFM LR avec AFP
Le modèle L8 Star, la référence des mini téléphones.

Le modèle L8 Star, la référence des mini téléphones. - capture d'écran / parquet de Paris

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La chasse au portable derrière les barreaux s'intensifie: une vaste opération de saisies de téléphones de la taille de briquets, et vendus comme indétectables par les portiques de sécurité, a été réalisée ce mardi 20 mai dans 66 prisons françaises.

La chasse au portable derrière les barreaux s'intensifie: une vaste opération de saisies de téléphones de la taille de briquets, et vendus comme indétectables par les portiques de sécurité, a été réalisée ce mardi dans 66 prisons françaises.

Cette opération de perquisitions simultanées, baptisée "Prison break" et révélée par Franceinfo, vise à mettre la main sur des téléphones miniatures, dont le nombre en France est estimé à 5.000 par le parquet de Paris.

Des téléphones indétectables

Cinq cents cellules sont ainsi fouillées par les enquêteurs de la BL2C (Brigade de lutte contre la cybercriminalité de la police judiciaire parisienne) et de l'UNC (Unité nationale cyber de la gendarmerie nationale), sous la direction de la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de la capitale.

Ces téléphones particulièrement petits "étaient vendus comme indétectables aux portiques d'entrée dans les lieux de détention", a souligné Laure Beccuau, procureure de Paris dans un communiqué.

Ils étaient "mis en circulation par une société chinoise et revendus en France par le fournisseur Oportik", dont le nom de domaine a été saisi ce mardi. "Trois fournisseurs sur le territoire français" ont été interpellés, a précisé Laure Beccuau.

"Des téléphones seront expertisés par l'ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) afin de vérifier l'éventuelle aspiration de données vers l'étranger par des "backdoors"", a ajouté la procureure de Paris.

40.000 téléphones saisis en 2024

Le parquet a indiqué diriger une enquête pour administration de plateforme permettant des transactions illicites et recel d'objet provenant d'une infraction, mais il envisage de se dessaisir au profit des parquets locaux concernant les utilisateurs.

Ces derniers ont été identifiés notamment grâce au Service national de renseignement pénitentiaire, est-il précisé dans le communiqué.

L'utilisation des téléphones par des détenus alimente fréquemment le débat public: il est interdit d'en posséder pour un prisonnier, mais rien qu'en 2023, 53.000 appareils et accessoires ont été saisis, selon l'administration pénitentiaire. Et en 2024, plus de 40.000 selon les chiffres donnés par le ministère de la Justice en janvier.

Ces téléphones peuvent être introduits par des proches au parloir, par des drones, des projections de colis par-dessus les enceintes des établissements pénitentiaires... Ou bien par des complices en détention, aboutissant, quand ces personnes sont identifiées, à des procédures pour corruption contre des agents pénitentiaires.

Une société chinoise

Si l'utilisation de téléphones a pu mener à des cas d'une extrême gravité, comme des ordres criminels donnés depuis des cellules à des exécutants, la majorité des prisonniers les utilisent surtout pour appeler leurs proches, le coût des communications depuis les fixes installés dans les cellules étant très élevé.

Toutefois, dans le cas de l'opération "Prison Break", "certains de ces téléphones ont été utilisés pour commettre, depuis la détention, les infractions de trafic de stupéfiants, d'escroqueries, de dégradation de commerce par incendie, de tentatives de meurtre commanditées", selon Laure Beccuau.

Le parquet souligne l'existence d'une chaîne commerciale, avec une société chinoise et des revendeurs, et une vente les présentant comme "indétectables aux portiques d'entrée dans les lieux de détention" grâce à un paramétrage "spécifique" de l'outil.

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Par l'intermédiaire d'Eurojust, le parquet a pu communiquer "le mode opératoire permettant de localiser ces téléphones", "afin que des opérations similaires puissent être diligentées" dans d'autres pays.