Pollution à la dioxine en Seine-et-Marne: 165 plaignants demandent justice

Ils ont le sentiment d'avoir été empoisonné et d'avoir empoisonné leurs enfants en habitant simplement à proximité de l'incinérateur. Isabelle Duflocq, 60 ans, a vécu toute son enfance à Maincy, à 1 kilomètre à peine de l'usine de traitement de déchets de Vaux-le-Pénil. Elle fait partie des 165 plaignants qui se présentent en ce moment devant le TGI de Paris pour demander réparation, s'estimant victime des rejets de dioxine de cette usine, fermée en 2002.
"D'ici on pouvait voir les fumées de l'usine de l'ancien incinérateur. Les cendres quand elles retombaient, elles pouvaient couvrir le sol, les tables, les chaises, les voitures. Elles étaient vraiment visibles", décrit cette habitante, qui doit témoigner devant le TGI cette semaine.
"Mes enfants ont grandi avec des oeux à la dioxine"
L'analyse des sols du jardin a révélé des taux de dioxine 2.200 fois supérieurs à la norme. En 2003, un an après la fermeture de l'incinérateur, l'ancienne maire de Maincy Pascale Coffinet a porté plainte contre X. Elle préside aujourd'hui l'Association de défense des victimes de l'incinérateur de déchets et de leur environnement.
"J'ai fait analyser les oeufs de mes poules et mon sang. Et il y avait 18 fois plus de dioxine que les normes dans les oeufs des poules et dans mon sang trois fois plus que la moyenne nationale. Ce qui me fait mal, c'est que j'ai nourri mes enfants avec ces oeufs. Mes enfants ont grandi avec des oeufs à la dioxine et ça c'est une tromperie que je ne suis pas prête de pardonner", confie l'ancienne maire.
Ce sentiment de culpabilité est partagé par Isabelle qui elle aussi à consommer et fait consommer à ses enfants des oeufs pollués. "Je sais que ma maman quand je lui en parle encore aujourd'hui elle baisse la tête et elle ne dit rien parce que pour elle, c'est impossible à accepter", poursuit cette habitante.
Des habitants atteints de cancers rares
Au coeur des débats devant le TGI de Paris, la responsabilité de ceux qui ont laissé fonctionner l'ancien incinérateur. La Communauté d'agglomération Melun Val-de-Seine est poursuivie pour infraction à la législation sur les installations classées et mise en danger d'autrui.
D'après l'Organisation mondiale de la santé, les dioxines sont en effet "très toxiques" et peuvent provoquer des problèmes au niveau "de la procréation, du développement, léser le système immunitaire, interférer avec le système hormonal et causer des cancers". Le mari d'Isabelle Duflocq, vient d'être diagnostiqué d'un lymphome rare. Son quatrième enfant lui, est né avec une "malformation rénale inexpliquée". De nombreux autres habitants du village sont aussi atteints de cancer. Sur les 165 plaignants, 15 sont malades.
"Je crois qu'aujourd'hui on est assez amers parce que les scientifiques ont toujours du mal à faire une relation de cause à effet direct", regrette Isabelle.
Comme elle, tous les plaignants attendent des réponses claires et la reconnaissance de leur statut de victime.












