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Mort de Vergès: l'hommage quasi unanime de ses pairs

Jacques Vergès est mort jeudi 15 août à l'âge de 88 ans.

Jacques Vergès est mort jeudi 15 août à l'âge de 88 ans. - -

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Le célèbre avocat, qui prit notamment la défense de Klaus Barbie et Slobodan Milosevic, mort à l'âge de 88 ans, jeudi, a reçu un hommage quasi unanime de la part de ses pairs.

Un concert de louanges. Salué comme un "immense avocat, courageux et indépendant", Jacques Vergès, décédé jeudi à Paris à 88 ans, a reçu un hommage quasi unanime de ses confrères, malgré quelques bémols. Certains ont en effet dénoncé l'attitude de l'ex-avocat de Klaus Barbie lors de son procès.

"Immense avocat"

Le président du Conseil national des barreaux, Christian Charrière-Bournazel, a salué un "très brillant avocat", "courageux" et "indépendant". Me Olivier Morice a, pour sa part, décrit Jacques Vergès comme un "immense avocat qui n'a jamais manqué de courage et qui restera dans l'histoire".

Pour l'avocate de Carlos, Isabelle Coutant-Peyre, "il avait une vision politique exemplaire du métier d'avocat et une expérience unique dans les grandes luttes du 20e siècle".

"Jacques Vergès était l'unique monstre sacré du barreau français", a souligné Francis Vuillemin, l'un des trois défenseurs de Maurice Papon au procès de Bordeaux. "Quand il défendait Klaus Barbie, j'étais du côté des parties civiles. J'étais du bon côté, il était du mauvais, mais c'est ce qui fait la démocratie", a quant à lui réagi le député FN Gilbert Collard.

Un "géant du barreau" à l'"expérience internationale"

"Il n'y a pas beaucoup de géants au barreau, mais lui incontestablement en était un", avec "une période glorieuse quand il défendait le FLN algérien et une moins glorieuse quand il a commencé à défendre des mouvances terroristes comme la bande à Baader", a jugé Me Georges Kiejman.

Kong Sam Onn, un avocat cambodgien, qui a travaillé avec Jacques Vergès (l'un des défenseurs de Khieu Samphan, ex-dignitaire khmer rouge) a affirmé que Jacques Verges "était un avocat avec une expérience internationale.

"Il y avait deux Vergès"

Ce concert de louanges a pourtant connu quelques bémols. Le magistrat Jean-Olivier Viout, l'un des représentants de l'accusation au procès Barbie en 1987, dit avoir été "énormément choqué" par certains propos de Vergès à l'adresse des victimes.

Mais Jean-Olivier Viout considère qu'il y avait "deux Vergès: celui "devant les caméras et les micros, prétentieux, sentencieux et dans la provocation permanente; le Jacques Vergès privé, un homme délicieux, plein d'attentions, truculent, drôle et qui ne se prend pas au sérieux".

Un "personnage" controversé

Me Alain Jakubowicz, qui représentait le Consistoire israélite de France lors du procès Barbie, a affirmé que Me Vergès "n'a jamais été un modèle d'avocat". "Il est plus exact de qualifier Jacques Vergès de "personnage" que d'avocat, compte tenu des méthodes de défense très controversées qu'il avait adoptées depuis le procès Barbie", a expliqué Me Patrick Klugman.

Me Alain Lévy, avocat de la Fédération nationale des déportés et internés s'est "étonné des louanges entendues". "Il s'est servi des procès comme d'une tribune politique pour défendre ses idées. Il s'est servi du procès Barbie pour faire le procès de la colonisation".

"J'ai dit suffisamment mon hostilité à Jacques Vergès de son vivant et je m'abstiendrai de parler au moment de sa mort", a déclaré Me Serge Klarsfeld, président de l'association des Fils et filles des déportés juifs de France.

Silence de la classe politique

Signe du caractère controversé du personnage, sa mort n'a pas suscité de réaction au sein de la classe politique. Seul le Parti communiste réunionnais, fondé par Paul Vergès, jumeau de Jacques, a rendu un hommage fort à l'avocat décédé, assurant qu'il s'est voué sans relâche à "la défense de la dignité".