Michel Cardon, l'heure de la libération du "détenu oublié"
Il a passé plus de temps en prison qu'à l'air libre. A 67 ans, Michel Cardon bénéficie ce vendredi d'une libération conditionnelle après 40 années derrière les barreaux. Détenu au centre de détention de Bapaume dans le Pas-de-Calais, il va être accueilli dans une structure d'hébergement et de réinsertion sociale en région parisienne.
Il y disposera d'un petit studio, une pièce de 9m² avec des sanitaires, et aura accès aux parties communes. Michel Cardon sera encadré par un personnel spécialisé. L'une des priorités va être de recréer un lien social entre cet homme et la société.
En août 2016, un de ses anciens co-détenus raconte à La Voix du Nord comment le prisonnier a été "oublié": de sa famille, du système judiciaire. Depuis sa condamnation en 1979 à la perpétuité pour la torture et le meurtre d'un sexagénaire dans la Somme, Michel Cardon est seul. Sa famille ne lui rend pas visite, ses seuls proches sont les autres détenus et les surveillants.
Premier parloir après 38 ans
Son cas émeut l'avocat Eric Morain qui le rencontre en septembre, après une visite de son ancien co-détenu. Ce n'est que le deuxième parloir de Michel Cardon, en 38 ans de détention.
"Il avait une barbe qui lui mangeait le visage, la bouche tordue après un AVC, des difficultés d'élocution du fait de problèmes cardiaques…", racontait l'avocat à l'AFP en mars dernier. "Mais c'est l'un des plus beaux sourires que j'ai vus", avait-il ajouté.
Eric Morain écrit au Président pour solliciter une grâce et dépose en parallèle une demande de libération conditionnelle. Les deux premières demandes du détenu, en 2005 et 2007, avaient été refusées. Sans examen individuel comme il est d'ordinaire exigé, rappelle Libération.
Le 30 mars 2018, les juges accèdent finalement à sa requête. L'enjeu est aujourd'hui de le réhabituer aux autres, au monde et à la société qui a bien évolué en 40 ans.
"Rien que le fait de marcher va poser une difficulté"
"J'ai le souvenir d'un client qui est sorti pour la première fois en permission de sortie après 30 ans de détention et quand il marchait dans la rue, il tanguait", se souvient au micro de BFMTV Delphine Boesel, présidente de l'Observatoire international des prisons. "Rien que le fait de marcher va poser une difficulté, rien que le fait d'ouvrir une porte va poser une difficulté."
"Il s'est isolé en détention, c'est évident", concède Frédéric Lauferon, de l'association de politique criminelle appliquée et de réinsertion sociale (APCARS). "Il s'est replié sur lui, il faut arriver à rétablir le dialogue avec lui à travers beaucoup de patience, beaucoup d'écoute et beaucoup de soutien", expose-t-il.
"Il va être confronté à une réalité qu'il ne connaît pas mais il va être accompagné par des professionnels à qui je vais le confier en toute confiance et en toute sérénité", explique sur Franceinfo son avocat.












