Marseille : ce qu’ils en pensent sur le terrain

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Après 14 morts à Marseille dans des règlements de comptes depuis le début de l'année (pour un total d'une vingtaine dans le département des Bouches-du-Rhône), le Premier ministre a annoncé jeudi une série de mesures à l’issue d’un comité interministériel de près de deux heures. Jean-Marc Ayrault a ainsi promis 205 policiers et gendarmes en renfort, la création d'une zone de sécurité prioritaire pour les quartiers sud, une réforme administrative pour développer l'agglomération et un accueil plus précoce à l'école dans les zones prioritaires. Les douanes et services fiscaux seront également mobilisés.
« Une continuité dans l’action »
Député européen et ancien ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux juge qu’il y a une certaine continuité dans la politique : « La priorité des priorités, c’est de restaurer l’ordre et l’autorité de l’Etat. Nous avions commencé à le faire, et sur cet aspect-là je constate une forme de continuité dans l’action ». Si lui-même avait annoncé des renforts policiers quand il était fonction, il juge en revanche sévèrement son successeur sur la façon dont il compte s'y prendre pour trouver les policiers : « Je n’ai pas entendu où ils étaient pris, qui a-t-on déshabillé, d’où viennent-ils, de quelles unités ? J’ai été ministre de l’Intérieur, la situation à Marseille est extrêmement compliquée, il est vrai que le Premier ministre a rappelé que des choses ont été engagées, mais quand j’avais débloqué des effectifs, j’avais indiqué d’où ils venaient. Aujourd’hui on est complètement dans l’incertitude ».
« Il faut voir où il va prendre les policiers »
Alphonse Giovanini, secrétaire départemental des Bouches-du-Rhône du syndicat Unité Police, se dit « rassuré ». Le fait que Jean-Marc Ayrault soit attendu lundi et mardi à Marseille pour rencontrer des acteurs de terrain lui donne de bons espoirs. « Déjà, il s’adresse à nous, et en plus il descend pour nous l’expliquer. Pour l’instant, c’est un premier pas, mais 205 policiers et gendarmes, ce n’est pas suffisant. Bien sûr, on ne peut pas rattraper 10 ans de retard en un an, mais la discussion que l’on aura, j’espère lundi ou mardi matin avec le Premier ministre, c’est qu’il en faut le double ». En attendant, il espère que les 205 hommes seront déployés au plus vite. « Il faut voir où il va prendre ces policiers, ajoute-t-il. S’il nous dit par exemple qu’il faut attendre la sortie d’école dans un an, on va tiquer. On ne peut pas attendre. Par contre, ils ont le pouvoir de mettre des mouvements de mutation supplémentaires. »
« Qu’on arrête de discriminer Marseille »
Autre mesure annoncée par Jean-Marc Ayrault : la seconde zone de sécurité prioritaire dans les quartiers sud de Marseille. « C’est la moindre des choses », estime Valérie Boyer, députée UMP des Bouches-du-Rhône. « C’était absolument scandaleux de proposer uniquement des renforts de police dans les quartiers nord, comme si dans les quartiers sud et est, on pouvait continuer à avoir des problèmes sans être considérés. J’étais de celles qui ont demandé des renforts sur cette zone tout au long de l’été. Qu’on arrête de discriminer Marseille, que l’on soit au nord ou au sud, Marseille est une seule ville ».
« C’est du délire ! »
Si les autres quartiers de Marseille sont donc satisfaits, on ne peut pas en dire autant des voisins. Jean-Marc Ayrault a prôné la création d'une métropole entre les intercommunalités actuelles de Marseille, Aubagne, Aix, Martigues, Salon-de-Provence et Istres, indiquant qu'il se rendrait lundi et mardi à Marseille « pour engager le dialogue sur ce projet ». Résultat, les élus sont « vent debout contre la métropole », selon la maire UMP d’Aix-en-Provence Maryse Joissains. « On nous dit : "Marseille a des problèmes, on va donc les étendre à tout le territoire". Mais c'est du délire ! Nous, on gère bien. On n'a pas besoin que des gens viennent prendre nos ressources, on n'a pas envie de lever d'impôts supplémentaires qui seront gérés à distance. Qu'ils commencent par régler leurs problèmes, ce qui va prendre des années, et on réfléchira peut-être après à davantage d'intégration », a-t-elle martelé.












